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Mark Zuckerberg était attendu de pied ferme ce mardi soir en fin de journée par les chefs de groupes du Parlement européen et Antonio Tajani, président du Parlement. Le jeune CEO de Facebook devait y répondre aux questions de ces derniers à propos du traitement et de la sécurité des données des utilisateurs européens du réseau social.

Des excuses, une nouvelle fois

Comment Mark Zuckerberg s’en est-il tiré, lui qui avait réussi sans trop de souci ce même exercice face aux parlementaires américains le 11 avril dernier ? Il a entamé son intervention par un discours convenu au cours duquel il a présenté ses excuses pour le manque de réactivité de Facebook après la découverte de l’affaire Cambridge Analytica.

"Dans cette affaire, on n’a pas pris nos responsabilités et je m’en excuse", a-t-il dit, réitérant ses déclarations faites face aux membres du Congrès américain. Il a ensuite assuré que Facebook serait en phase avec la nouvelle législation européenne en matière de protection des données (RGPD) dès son entrée en vigueur, ce vendredi 25 mai. "Nous appliquerons d’ailleurs les mêmes règles partout dans le monde", a-t-il assuré. Il a aussi rappelé l’importance de son entreprise en termes d’emploi et d’investissements en Europe où Facebook dispose d’importantes filiales. Rien de nouveau, en somme.

Ensuite, il a fallu se conformer au "format" plutôt rigide convenu avec Antonio Tajani. Les chefs de groupes politiques européens ont donc dû poser tour à tour leurs questions en moins de trois minutes, et ce n’est qu’au terme du tour de table que Mark Zuckerberg leur a répondu en globalisant les questions le plus souvent émises dans un discours qui lui a permis d’éviter les questions pointues sur les indemnités éventuelles aux Européens touchés par le scandale Cambridge Analytica, la position de monopole de Facebook… A cet égard, sur les demandes insistantes de plusieurs chefs de groupe, Zuckerberg a finalement accepté de répondre par écrit de manière individuelle aux questionnements des intervenants.

Les réponses du patron de Facebook ont laissé les eurodéputés sur leur faim, dont Guy Verhofstadt et Philippe Lamberts, tous les deux président de groupe. Il a ainsi rapidement balayé d'un revers de main une question du libéral Guy Verhofstadt lui demandant si son activité ne constituait pas un monopole. "Êtes-vous prêts à ouvrir vos livres aux autorités européennes anti-trust ?", avait notamment demandé l'ancien Premier ministre belge. "Nous vivons dans un monde très concurrentiel, avec une moyenne de huit systèmes de communication utilisés par personne, et je vois émerger de nouveaux concurrents au quotidien", a brièvement répondu M. Zuckerberg.

Limitée à une grosse heure, l'audition a permis au patron de Facebook de rester dans des considérations déjà connues et d'éviter les questions les plus délicates des chefs de groupes.

Le co-président du groupe des Verts, le Belge Philippe Lamberts, s'est agacé à la fin de la réunion de constater que le trentenaire n'avait répondu à aucune de ses questions précises, comme de savoir si Facebook mettra en place un système pour refuser systématiquement les pubs ciblées, s'engagerait à éradiquer tous les faux comptes d'ici la fin du trimestre ou ne ferait plus passer les profits de son entreprise par l'Irlande ou d'autres paradis fiscaux.

Le jeune milliardaire (34 ans) a répété les mesures que son réseau social a prises pour contrer ces manquements, comme le doublement du nombre de collaborateurs affectés à la sécurité "pour atteindre le nombre de 20.000 d'ici la fin de cette année".

Ces investissements "ont un impact significatif sur notre bénéfice, mais la sécurité des êtres humains passera toujours avant la maximalisation de nos bénéfices", a assuré M. Zuckerberg, énonçant diverses autres mesures de restriction d'accès aux données personnelles pour les applications numériques.

En 2016, "nous avons été trop lents à identifier les interférences russes sur notre plate-forme, nous étions focalisé sur les cyber-attaques traditionnelles telles que le fisching ou les malware", a-t-il ajouté. L'année suivante, Facebook a coopéré avec des agences gouvernementales de pays où se déroulaient des élections pour protéger ces processus démocratiques de la désinformation. "En France, en 2017, nous avons éliminé plus de 30.000 comptes faux".

Facebook a déjà annoncé qu'il appliquerait au monde entier les mesures du nouveau règlement européen de protection des données (RGPD) qui entrera en vigueur ce vendredi.

Hôte de la réunion, le président du parlement européen Antonio Tajani a rappelé que tout le monde connaissait la durée limitée de la réunion vu que M. Zuckerberg devait prendre un avion. L'Américain a quant à lui promis de répondre individuellement et par écrit à chaque question qui lui avait été posée. Des cadres de Facebook seront encore entendus dans quelques jours en commission du parlement européen.

"Le patron de Facebook tourne autour du pot", regrette Philippe De Backer

Le secrétaire d'Etat à la Protection de la vie privée, Philippe De Backer, a exprimé mardi sa déception: "Il a tourné autour du pot", a-t-il affirmé. "Nous n'avons reçu aucune réponse à la question de savoir ce qui se passe avec toutes ces données reçues par Facebook sans autorisation. On ne sait pas clairement si Cambridge Analytica est le seul cas du genre qui s'est produit. Et on ne sait pas clairement non plus ce que fait Facebook pour empêcher ça", a ajouté M. De Backer.

Selon le secrétaire d'Etat, Facebook est une "boîte de Pandore". "Les entreprises de technologie ne peuvent pas devenir les arbitres de ce que nous pensons", a-t-il encore dit, estimant qu'il fallait contraindre ces entreprises à la transparence.