Santé Grâce au Crisp-Cas9, une équipe internationale a effacé une mutation génétique responsable d’une maladie cardiaque.

Nom de code : CRISP-Cas 9. Un nom scientifique qui désigne des ciseaux moléculaires porteurs de bien des espoirs en biologie. Cet outil permet d’isoler des parties défectueuses ou indésirables du génome humain, de les couper et, de la sorte, de les retirer de l’ADN. En d’autres termes, les parties défectueuses de l’ADN, à l’origine de maladies génétiques, pourraient être supprimées.

C’est en tout cas le constat qu’a fait une équipe de chercheurs américano-sino-coréenne de l’université d’Oregon. Ceux-ci sont parvenus à faire une chirurgie du génome sur des embryons humains grâce à cet outil. En l'occurrence, ils ont délesté des embryons humains d’une mutation génétique qui est à l’origine de la cardiomyopathie hypertrophique. Les embryons ont réparé naturellement la lésion occasionnée par la coupure. Les meilleurs résultats ont été observés lorsque le Crisp-Cas9 a été injecté en même temps que le spermatozoïde porteur du gène en question dans l’ovocyte.

Cette première mondiale donne de l’espoir aux scientifiques. Shoukrat Mitalipov, directeur à l’université des sciences et de la médecine d’Oregon, indique que d’autres maladies génétiques pourraient être supprimées via cette technique: "Juste après la fécondation, nous croyons que tous les embryons se répareront d’eux-mêmes, et au moment où ils se développeront en plusieurs cellules, leur ADN sera réparé."

La totalité des embryons qui ont servi à l’étude a été détruite, comme le veut la loi. Ils n’ont pas été implantés. Les risques liés à cette technique restent à analyser. Aucun enfant à l’ADN modifié de la sorte ne naîtra dans les neuf prochains mois, confirmant ou infirmant l'efficacité de cette intervention.

"L’idée d’éditer la mutation dans l’embryon veut non seulement dire que l’on peut guérir la maladie, mais que l’on peut la prévenir même avant la naissance de l’enfant", se réjouit Vardit Ravitsky, professeure aux programmes de bioéthique à l’université de Montréal au micro de Radio-Canada. "Si ça marche, ça va nous permettre de prévenir des milliers de maladies".

Une avancée qui pose question

L’utilisation de la technique Crisp/Cas9 pose plusieurs questions de bioéthique. En effet, elle pourrait ouvrir la porte à de nombreuses révolutions sur le plan thérapeutique. Mais aussi au niveau biologique: animaux plus résistants aux maladies, certains produits naturels rendus hypoallergéniques, plantes et fruits résistants... Les avancées seraient nombreuses et toucheraient la société dans sa globalité.

Mais l’outil Crisp, découvert en 2015, pose, d’une part, un problème militaire et sécuritaire. Aux États-Unis, il est considéré comme une arme de destruction massive, à l’heure ou les actes terroristes se multiplient.

D’autre part, il est impossible de connaître les conséquences à long terme des modifications du génome: quels effets sur l’écosystème? Sur la (sur)population? Création d’êtres vivants forts, beaux et "parfaits"?