Santé
Le thigh gap, ou « espace entre les cuisses » est la nouvelle obsession minceur des adolescentes, qui s'échangent des conseils sur le net pour y parvenir. Le phénomène prend de l'ampleur.

Si l'on connaissait au rayon des obsessions minceur des jeunes femmes, les clavicules saillantes ou le ventre plat, on peut désormais y ajouter le "thigh gap". "Thigh" pour cuisses et "gap" pour fossé. Il s'agit donc de l'espace visible entre les cuisses quand on a les jambes jointes. Les adeptes de ce concept supposent que plus les jambes sont fines, moins elles sont censées se toucher. Or, il s'agit plutôt d'une question de morphologie. Beaucoup de pré-adolescentes voient leur bassin s'élargir légèrement à la puberté tandis que leurs jambes conservent leur finesse infantile. Le" thigh gap" disparaît le plus souvent lorsque le corps a atteint sa condition adulte. 

Depuis quelques mois pourtant, le  "thigh" gap s'impose progressivement chez les jeunes femmes comme le must en matière de beauté. Un phénomène abondamment plébiscité par les photographies des magazines, qui, merci Photoshop, coupent allègrement les amas adipeux des cuisses des mannequins. Selon la psychologue Barbara Greenberg, interrogée dans Slate, le phénomène est né "après le défilé Victoria Secert, en décembre 2012". La marque de lingerie avait retouché les visuels de mannequins en maillots de bain pour obtenir ce fameux effet "thigh gap".

Conseils sur le Web

Les réseaux sociaux, les comptes et les blogs consacrés au fameux écart entre les cuisses se multiplient.  Des Tumbr "How to get a thig gap" regorgent de vidéos et d'exercices visant à créer cet espace tant espéré par les jeunes filles. Sur twitter; les hashtag #thighgap ou #thinspiration réunissent des photos de célébrités à la silhouette menue, à l'instar de Kate Moss ou Alexa Chung. La préférée des ados étant Eleanor Calder, copine d'un des membres de One Direction ou encore des mannequins ayant défilé pour Victoria's Secret.

Les ados s'y partagent trucs et astuces. Et sont parfois prêtes à tout pour atteindre ce Graal.  « Ne mange rien de plus gros qu'une tasse », « Bois de l'eau glacée pour brûler les calories plus rapidement » sont autant de conseils présentées comme remèdes-miracles. Des recommandations qui ressemblent davantage à des prescriptions alimentaires sévères et dangereuses pour la santé des jeunes femmes.

Ce phénomène rappelle le mouvement pro-Ana, prônant l'anorexie comme nouveau mode de vie. Les idées étaient diffusées à travers des sites et des blogs. 

Pour ces deux cas, Internet ne calme pas le jeu, bien au contraire. Se proposant comme une communauté d'expériences, il insère les jeunes dans une dynamique collective, aussi insensée soit-elle.

Selon Christophe Bagot, psychiatre et psychothérapeute, interviewé dans Slate, «le fait d'être conscientes qu'elles ne sont pas seules peut parfois beaucoup aider les anorexiques à s'en sortir, mais à l'inverse, les plateformes qui véhiculent sur le web des conseils tendent à justifier auprès du jeune public le bien fondé de l'amaigrissement.»

Mais la riposte s'organie. Plusieurs magazines féminins recensent des témoignages d'anciennes adeptes du thigh ap. Sur le Web également, des initiatives fleurissent à l'instar du tumblr  fuckyeahtouchingthight qui invite à aimer son corps, qu'on ait ce "thigh gap" ou pas.