Santé Officiellement approuvée, elle contient un capteur qui communique avec votre smartphone. Flippant ou révolutionnaire ?

C’est une première. Une autorité fédérale (et pas n’importe laquelle : la réputée très stricte FDA, agence américaine du médicament des États-Unis) vient d’autoriser la mise sur le marché du premier médicament connecté de l’histoire. Le concept d’Abilify MyCite, son doux petit nom ? Une pilule à avaler qui contient un capteur digital de la taille d’un grain de riz, qui viendra se loger dans l’estomac des patients atteints de maladies mentales (schizophrénie, bipolarité, etc.) à qui elle se destine. Couplée à un patch à coller sur la poitrine du patient, lui-même relié à une application smartphone en bluetooth, elle se propose d’être un mouchard à des fins médicales.

Comment ? Le comprimé semble tout à fait lambda. Sauf qu’il contient un mini-capteur, composé de cuivre, magnésium et silicium. Lorsque les acides présents dans l’estomac entrent en contact avec ce capteur, ils émettent une infime quantité d’énergie, qui transmet un signal au patch et à l’application. Les données sont ensuite stockées sur un serveur sécurisé. Paramètres, activité, sommeil, heure de prise du traitement... tous ces éléments sont renseignés via le système, issu des laboratoires japonais d’Otsuka. L’idée ? Informer l’entourage (médical ou proche) d’un patient mentalement instable sur la bonne observance de son traitement. Le patch est à remplacer toutes les semaines, le capteur intégré dans le comprimé, lui, s’évacue par voie naturelle.

Pilule dure à avaler ?

"Il existe un manque de transparence sur la nature des données de santé collectées, leur fréquence mais aussi la finalité de leur transmission ", commente, dubitative, Nathalie Devillier, professeure de droit à Grenoble École de Management (GEM). Cette discrétion ne peut qu’éveiller la suspicion, notamment sur la réutilisation des données à des fins secondaires, qui ne seraient pas explicitement approuvées par le patient".

Reste donc cette question, plus morale que médicale : n’est-il pas risqué de proposer à des patients parfois sujets à des délires paranoïaques un dispositif interne ouvrant à des tiers un accès à des informations aussi personnelles que celles portant sur leur santé ?