Santé Complément alimentaire "à la mode", la spiruline pose question par rapport à son efficacité et sa qualité.

Considérée comme algue miraculeuse de par ses qualités nutritionnelles jugées exceptionnelles par la communauté scientifique, la spiruline semble toutefois nécessiter une prise de recul.

Le Dr Van Ghosum, gastro-entérologue, ne nie pas les effets positifs de la spiruline : "De par sa forte teneur en acides aminés, les composants des protéines, ce complément alimentaire se révèle particulièrement efficace sur les populations chroniquement dénutries. Elle est aussi utile pour les personnes en excès de poids, car elle permet d’instaurer un régime riche en protéines et faible en apports graisseux. Ainsi que pour lutter contre le diabète ou l’hypercholestérolémie à la suite de sa teneur en antioxydants."

Il est rejoint par le Pr Peter Hespel, spécialiste en nutrition sportive. "C’est un aliment hype qui contient beaucoup d’acides aminés, d’oméga 3 et d’oméga 6. Elle a montré une bonne efficacité sur les enfants dénutris. Mais chez les autres consommateurs, les résultats sont décevants."

Le professeur affirme que consommer du lait et des fruits se révèle aussi efficace. Et il ajoute : "Pour les végétariens, l’apport en protéines de la spiruline est dérisoire en comparaison du soja et du quinoa. Dans les capsules, le taux est tellement faible que c’est inutile. Sur un comprimé de 500 mg, 60 % est constitué d’acides aminés (AA). Sachant que les besoins du corps humain pour stimuler la synthèse des protéines grâce aux AA sont de 15 à 30 g, c’est dérisoire !"

Les deux scientifiques s’accordent sur le manque de contrôle de qualité de la spiruline. Peter Hespel donne un exemple : "Il y a 10 ans, une équipe aux États-Unis s’est penchée sur la teneur en vitamine B de la spiruline. Ils ont découvert que la vitamine résultait des déjections de mouettes sur les cultures de l’algue. C’est le problème : il y a des producteurs très regardants, et d’autres…" Les teneurs en nutriments varient selon l’environnement et la qualité des sols.

La spiruline contient donc des protéines. Des acides gras (oméga 3 et 6). Et des bêta-carotènes, sur lesquels le Dr Van Ghosum attire l’attention : "Il y a 20 ans, les bêta-carotènes (BTC, antioxydants) étaient la panacée. Le bémol : on a découvert qu’octroyer des BTC à des patients risquant de développer un cancer augmentait la probabilité de développer cette maladie." Il faut donc être attentif aux hyperdoses "et ne pas dépasser les 3 g par jour."

Les deux spécialistes sont unanimes : la spiruline ne remplace pas une alimentation variée. Et le Dr Van Ghosum conclut : "Je ne suis pas sûr qu’ajouter 3 g de spiruline dans son alimentation va changer le monde."