Santé Alors que 6 Belges sur 10 redoutent d’être un jour confrontés à la maladie, les professionnels de santé se veulent rassurants.

Le cancer est une maladie qui inquiète de nombreux Belges : 62 % des habitants du pays, soit plus de 6 sur 10, pensent qu’ils y seront confrontés au cours de leur vie, selon une enquête Ipsos à la demande de la société pharmaceutique MSD Belgique. Ce chiffre grimpe à 73 % auprès des 35-44 ans. "On remarque que la peur de contracter le cancer est très élevée parmi la population belge", analyse le professeur Jerusalem, chef de service oncologie au CHU de Liège. "J’ai envie de les rassurer. La réalité est différente. On estime qu’un homme sur trois et une femme sur quatre sont confrontés à la maladie avant leurs 75 ans. Ce qui ferait 28 % de la population. On est loin des 73 % et tant mieux ! Ceci étant, la prévention et le travail de sensibilisation auprès du public restent essentiels."

L’enquête révèle également que la conséquence la plus redoutée du cancer est la mort (45 %). Certaines tumeurs sont en effet dévastatrices. Par exemple, pour un cancer du poumon ou du pancréas, moins d’une personne sur cinq survit au moins 5 ans. En revanche, cette maladie ne va pas forcément de pair avec un décès, poursuit le professeur Jérusalem. "Pour toute une série de pathologies, le taux de guérison est au-dessus de 80 %. Il y a davantage de cancers dont on guérit que de cancers dont on meurt." Par exemple, pour le cancer des testicules, le taux de mortalité est de 3 %, selon les chiffres du Registre du cancer.

Quant aux espoirs que placent les Belges dans la recherche, ils sont assez maigres. Un habitant du pays sur quatre ne croit pas du tout que le cancer sera vaincu un jour. Et 64 % pensent que la recherche pourrait en venir à bout, mais à long terme. "L’annonce d’un cancer est toujours un moment difficile. Comme on le constate dans ces résultats, le lien à la mort est presque inévitable. Et pourtant, il y a des raisons d’être optimiste", estime le Pr Jerusalem. "On est à l’aube d’une nouvelle ère thérapeutique avec l’arrivée prochaine de l’immunothérapie en Belgique. Les résultats d’essais cliniques sur différents types de cancers jusqu’il y a peu intraitables sont impressionnants."

L’immunothérapie, technique prometteuse

Le mélanome est une forme de cancer de la peau extrêmement dévastatrice. "Jusqu’en 2010, moins de la moitié des patients survivaient plus d’un an après avoir reçu le diagnostic de métastases et à peine 10 % des patients vivaient plus de 5 ans", explique le Pr Neyns, chef de la division oncologie médicale à l’UZ Brussel."L’immunothérapie vient changer la donne."

Comment agit cette nouvelle approche thérapeutique ? Là où la chimiothérapie cible la tumeur pour la détruire, l’immunothérapie vient booster le système immunitaire pour qu’il retrouve son rôle initial et s’attaque à la tumeur cancéreuse sans endommager les cellules saines. À l’heure actuelle, cette technique produit des réponses efficaces sur les mélanomes, poursuit le professionnel de santé.

Avec son équipe de l’UZ Brussel, il a entrepris une analyse sur plus de 100 patients atteints de mélanomes avancés à très avancés et ayant eu accès à l’immunothérapie, après avoir reçu une à deux lignes de traitements traditionnels (chimio, thérapie ciblée, etc.). Pour plus d’un patient sur trois, le cancer a été réduit. De tels résultats n’ont jamais été atteints auparavant avec d’autres traitements.

L’étude a pu identifier des facteurs dans le sang qui déterminent le résultat du traitement. Lorsque ceux-ci sont favorables au début du traitement, l’espérance dépasse les 70 % un an après le début du traitement.

L’efficacité de l’immunothérapie dans le traitement des cancers du foie et du poumon a également été prouvée, dans le cadre d’autres études cliniques.

Face à ces résultats, le Pr Neyns lance un appel aux autorités compétentes et à l’industrie thérapeutique afin de proposer une telle thérapie aux patients. Pour l’instant, un obstacle - et pas des moindres dans un contexte de rigueur budgétaire - pourrait freiner son entrée sur le marché : son coût. Pour une année de traitement, le montant s’élève à 130.000 €.