Santé

"Je suis en couple depuis 15 ans. J’ai un enfant de 31 ans. Je vivais dans la joie et l’insouciance jusqu’à ce que je remarque une gêne à la gorge. Je me plaignais d’un gonflement à l’arrière de la langue et je toussais sans arrêt", explique Paul. Après une biopsie en 2017, le diagnostic tombe et ma vie bascule : une forme sérieuse de cancer de la gorge causé par un papillomavirus. Avant de recevoir le diagnostic, je ne connaissais pas grand-chose de ce virus. Contrairement aux idées reçues, j’ai appris que ce n’était pas réservé qu’aux femmes. J’étais loin de m’imaginer que ce virus pouvait être à l’origine de mon cancer de la gorge. Je n’ai jamais fumé, je ne bois pas beaucoup et j’ai toujours été prudent lors des rapports sexuels. Cependant, il semblerait que j’ai contracté le virus lors de rapports sexuels oraux."

Aujourd’hui âgé de 65 ans, ce patient est l'exemple type d'une victime du cancer oropharyngé causé par un papillomavirus (HPV), à l'instar de Michael Douglas, également touché par ce cancer il y a quelques années.

Nous sommes presque tous (80 %) rentrés en contact avec le virus

Il s'agit d'un virus extrêmement contagieux que la plupart (80 %) des hommes et des femmes sexuellement actifs contracteront à un moment de leur vie (une ou plusieurs fois), les conséquences de l'infection pouvant aller, selon le type de papillomavirus, des verrues génitales aux cancers. Ainsi, plus de 99 % des cancers du col de l'utérus sont provoqués par une infection chronique par papillomavirus. D'où l'importance d'effectuer régulièrement un frottis (tous les trois ans entre 25 et 65 ans, si aucune anomalie n'est observée) afin de dépister d'éventuelles lésions précancéreuses.

Bien que le système immunitaire évacue ce virus dans la plupart des cas, après 6 à 18 mois, il arrive en effet parfois qu'il se développe dans l’organisme, causant en Belgique 1094 cancers par an, que ce soit de type oropharyngés, cervicaux, vaginaux, annales et du pénis. Parmi les nouveaux cas de cancers oropharyngés (de la bouche et de la gorge) recensés chaque année dans notre pays, au moins 25% sont causés par le papillomavirus humain (HPV), selon un communiqué de la Vaccine Academy, lancée par le laboratoire MSD Belgium. Ce type de cancer, dont le nombre a bondi de 40% en 10 ans, touche trois fois plus d'hommes que de femmes.

Une véritable épidémie chez les hommes

Pour le Dr Marc Remacle, ORL et professeur à l'Université catholique de Louvain (UCL), " une couverture vaccinale optimale des jeunes permettrait d'éliminer ce type de cancer dû au papillomavirus en 10 à 15 ans. Si on commence à bien connaître le lien entre papillomavirus et cancer du col de l'utérus, celui entre papillomavirus et cancer oropharyngé reste méconnu et sous-estimé, alors qu'au sein de nos départements, nous constatons une véritable épidémie de ces cancers dus au HPV chez les hommes. Si les cas dus au tabagisme et à l’alcool diminuent grâce aux nombreuses campagnes de prévention, ceux dus au HPV sont en revanche en constante augmentation."

De fait, chaque année, près de 700 nouveaux cas sont détectés en Belgique, dont plus de 500 chez l'homme.

"Aux États-Unis, au Canada ou encore en Suède, le pourcentage de cancers oropharyngés dus à un papillomavirus est d’environ 80%. J’espère que nous n’atteindrons jamais ce pourcentage en Belgique mais nous ne sommes pas au bout de nos peines, ce type de cancer se manifeste 15 à 20 ans après la contraction du virus…"

A l'échelle mondiale, si les cancers ORL ne représentent que 5 à 6% de l'ensemble des cancers, ceux causés par le HPV deviennent prédominants (60%). "A ce rythme, le nombre de cancers de la bouche et de la gorge liés au papillomavirus risque même de dépasser celui des cancers du col de l'utérus d'ici 2020", souligne le communiqué, diffusé dans le cadre de la semaine de la vaccination, qui se déroule du 24 au 29 avril.

Pourquoi cette augmentation?

Alors à quoi attribuer l'augmentation du nombre de cas? Elle peut être liée au fait que le virus est devenu plus agressif mais également, selon le Conseil Supérieur de la Santé, aux changements de comportements sexuels depuis les années 1960, ainsi qu'à une sous-information, y compris dans le monde médical. Il faut savoir que les risques de contamination augmentent si les premiers contacts sexuels se font à un âge très jeune, en cas de partenaires sexuels multiples, en cas de contact bucco-génital ou de troubles de l’immunité.

Quant aux modes de contamination, si le papillomavirus se transmet lors de rapports sexuels de toute nature et est favorisé par les contacts orogénitaux, l'infection peut aussi se transmettre via la main. "Les rapports sexuels protégés ne constituent donc pas une garantie absolue d'éviter la contagion, insiste la Fondation contre le cancer. Ils réduisent simplement les risques de propagation du virus. Ils protègent également d'un grand nombre d'autres maladies sexuellement transmissibles"

La vaccination efficace dans 70 à 80 % des cas

La meilleure protection reste la vaccination, même si elle ne protège que contre 70 à 80 % de tous les types de papillomavirus. Cela étant, " même en cas de contamination clinique, il semble y avoir un intérêt à administrer le vaccin, car il apparaît que l'agressivité du virus est diminuée", selon le Dr Remacle.

Pour le spécialiste, "une couverture optimale de vaccination devrait être de 100%, à l'instar de la rougeole, la coqueluche ou le tétanos car tout jeune peut entrer en contact avec le HPV. Sinon, il y aura toujours un des partenaires qui peut être infecté et le développer". Le taux de couverture en Fédération Wallonie-Bruxelles (30%) reste également "insuffisant" pour éviter la transmission du virus.

En Belgique, cette vaccination est gratuite dans le cadre de la médecine scolaire pour toutes les jeunes filles de 12 à 18 ans. Il leur est conseillé de se faire vacciner avant leur première relation sexuelle. Dans un avis rendu l'an dernier, le Conseil supérieur de la Santé (CSS) préconisait d'élargir la prévention vaccinale contre les infections à papillomavirus humain (HPV) aux garçons entre 9 et 14 ans.