Sexualité L’éjaculation précoce touche de nombreux adolescents. Gênés, frustrés, bercés de faux idéaux, ils n’osent pas toujours en parler... Entretien avec Sabrina bauwens, sexologue.

Quand cela se manifeste-t-il  ?

“Malheureusement, dès le début de la vie sexuelle du jeune homme avec une partenaire. Le réflexe d’éjaculation rapide se met directement en place suite à de mauvaises habitudes déjà bien ancrées.” La spécialiste explique : “Pendant leurs expériences masturbatoires, cela ne se voit pas de suite. Souvent, la masturbation est rapide, par peur d’être surpris par quelqu’un dans sa chambre, par exemple. Le but recherché n’est pas de maîtriser son excitation pour faire durer le plaisir mais d’arriver à l’orgasme. La plupart des jeunes se sont nourris de pornographie, regardant ça comme un documentaire. Non seulement ce type de films crée des excitations immédiates, mais les ados se polluent l’esprit en pensant que la réalité ressemble à cela. Je rencontre beaucoup de jeunes hommes qui ne comprennent pas pourquoi leurs partenaires ne veulent pas réaliser toutes les positions ou fantaisies sexuelles des films. Ils ne comprennent pas non plus pourquoi ils ne tiennent pas leur érection pendant plus d’une heure. Il faut leur expliquer que ce sont des acteurs, que les scènes sont tournées plusieurs fois… Certains jeunes consomment déjà très tôt des médicaments ou drogues dans le seul but d’être un superman au lit. L’adolescent arrive donc à sa première fois avec des fausses idées mais aussi des peurs, du stress par rapport à la performance . Ils sont anxieux et ne pensent pas non plus à se détendre, à détendre la jeune fille, à communiquer, à prendre le temps. Naturellement, pas besoin d’être devin pour comprendre ce qui va se passer : l’éjaculation va arriver très vite, entraînant frustration, doutes et anxiété. Le jeune homme va déjà se mettre dans un cercle vicieux où la peur de l’échec sera supérieure au vécu agréable que devrait être la sexualité. Le manque d’assurance, d’éducation, l’apprentissage biaisé font de l’intimité un co

Que faire?

En premier lieu, il faut agir sur le stress et l’anxiété qui n’ont cessé de croître pouvant créer un manque d’assurance, des états dépressifs et l’arrêt de l’activité sexuelle. "Il faut rester honnête, on peut toujours en "guérir" (car, même si l’éjaculation précoce n’est pas une maladie, elle est vécue comme telle). Il faut se donner le temps. Agir sur le psychologique et sur le corps."

Influence sur la vie sexuelle future?

"Cette influence sera catastrophique. C’est comme si vous deviez réapprendre à parler, mais dans une autre langue. Le corps fonctionne dans un sens, et il faut lui apprendre à changer de direction. La sexualité n’est pas innée, c’est un réel apprentissage. Peu de personnes comprennent cela, malheureusement. Rien n’est mis en place pour que la jeunesse puisse découvrir l’intimité dans de bonnes conditions : il n’y a pas d’éducation sexuelle. Ce ne sont pas les quelques heures d’éducation affective données pendant les primaires et secondaires par les plannings familiaux qui peuvent les aider. Et ce, même si l’information donnée est capitale (on y parle d’HIV, de maladies sexuellement transmissibles, de grossesses non désirées). Les parents sont également perdus et ne savent pas comment aborder un sujet si sensible avec leur enfant. Internet arrive donc tout naturellement comme source d’information et de réponse. Et quand on tape "sexe" sur le clavier de son GSM, ce n’est pas l’adresse du planning familial qui arrive en premier sur Google, mais bien les sites pornographiques. Au final, ils arrivent chez les sexologues avec une problématique d’éjaculation précoce bien ancrée, parfois depuis des années. Il faut donc reprendre l’apprentissage érotique et sexuel depuis le début, tout en déconstruisant les habitudes déjà installées, et les rassurer sur les possibilités d’évolution positive."