Société Compliments déplacés, touchers prolongés, il arrive parfois que les consultations coincent.

Elles s’appellent Emilie et Adeline. Elles ne se connaissent pas. Elles ont près de trente ans. Toutes deux ont vécu des mésaventures similaires chez un gynécologue.

Adeline, Bruxelloise, affirme être "déjà sortie en pleurs de chez un gynécologue m’ayant assuré que je n’aurais jamais d’enfant avec une brutalité impressionnante". Un choc. Et pourtant les autres spécialistes consultés ont tous démenti. "Un autre m’a dit que j’avais une très jolie peau tout en insérant ses doigts dans mon vagin", ajoute-t-elle.

Emilie, 32 ans, se souvient, des trémolos dans la voix : "J’avais 18 ans. J’allais chez un gynécologue conseillé par une amie pour l’une des premières fois de ma vie. Avant, j’allais consulter des spécialistes au sein de plannings familiaux. Au début, tout allait bien. Il était sympa et m’a mise en confiance. Je suis retournée chez lui quelques mois plus tard. Et ça a été l’enfer."

Selon elle , le médecin spécialiste aurait eu des gestes et des paroles déplacés. Elle n’hésite pas aujourd’hui à parler de harcèlement. "Avant le toucher vaginal, il m’a palpé les seins, m’a complimenté sur la taille de ceux-ci et n’a pas arrêté de me complimenter sur mon corps pendant le frottis. J’étais déstabilisée. Je trouvais ça déplacé. Je ne suis plus jamais retournée à son cabinet. Je n’en ai pas parlé, je ne l’ai pas confronté aux faits, je le regrette aujourd’hui."

Pour le Dr Pierre Bernard, chef du service obstétrique aux Cliniques universitaires St Luc et très actif au sein de la commission périnatalité au sein du Groupement des Gynécologues Obstétriciens de Langue Française de Belgique (GGOLFB), les dérives existent. "Dans 99 % des cas, les gynécologues font en sorte que ça se passe bien. C’est dans l’intérêt de tous : patiente, futur enfant, partenaire de la patiente et le professionnel. Malheureusement, on ne peut le nier, des dérives, ça arrive", dit-il. "Quelle solution ? Se plaindre auprès de médiateurs dans le secteur hospitalier si le dialogue avec la personne n’est pas possible. C’est le principal recours des patientes." Et pour les cabinets privés ? "D’abord, ne plus aller chez le gynécologue incriminé (gynécologue souvent choisi, NdlR) . On est parfois étonnés de voir des patientes retourner chez un spécialiste avec qui elles ont eu un souci. Ensuite, porter plainte au niveau juridique ou auprès du Conseil de l’Ordre des médecins qui statuera sur un éventuel manquement du médecin."