Société

Les produits supervisés par les moines n’ont jamais connu autant de succès

ORVAL Une grande part du marché de la bière de qualité en Belgique fait référence au monde monastique du fait de la réputation séculaire des bières trappistes. Néanmoins, une grande confusion règne entre bières trappistes et bières d’abbayes. Pour porter l’étiquette trappiste, la bière doit être brassée dans l’enceinte du monastère et dans le respect des valeurs monacales. L’entièreté du processus de fabrication doit être exécutée ou supervisée par les moines trappistes.

Seules six abbayes rencontrent ces critères en Belgique : West-Vleteren, Westmalle, Achel, Rochefort, Orval et Chimay. “Les gains réalisés doivent servir à l’abbaye et l’entraide sociale et non au profit. La croissance n’est jamais un objectif en soi” , rappelle le père Xavier, économe de l’abbaye trappiste d’Orval. “Ce qui chez nous préside à la gestion économique est le service aux personnes sur le lieu de l’abbaye et le financement d’œuvres sociales.”

Il s’agit alors d’une économie charismatique car véritablement fondée sur le charisme inimitable de ses producteurs.

Contrairement aux bières dites trappistes, les bières d’abbaye sont brassées par des brasseurs commerciaux et tirent leur nom d’une abbaye en fonction ou abandonnée.

Les marques les plus connues sont Leffe (Inbev) et Grimbergen (Alken-Maes), Maredsous (Duvel), Affligem et Ciney (Heineken).

Ces bières sont brassées hors des monastères dans des brasseries industrielles. Les objectifs de rentabilité sont stricts.

L’utilisation de l’imaginaire monastique est inversement proportionnelle aux liens réels existant avec une abbaye. Une exception, la bière d’abbaye de Maredsous. “Parmi les bières d’abbayes, il n’y en a qu’une qui a une véritable origine monastique, c’est la nôtre”, explique le Père Abbé de Maredsous Bernard Lorent. “Parce que la bière de Maredsous a été inventée en 1947 par un moine de l’abbaye. C’est une bière qui nous appartient, à la différence de la Leffe, ou de l’Affligem où ce sont des grosses brasseries qui ont imaginé une bière à laquelle a été associé le nom d’une abbaye, avec la permission de celle-ci.”

Au lendemain de la guerre, un moine un peu plus futé, le père François Attout, voyant que les pèlerins affluaient à Maredsous, a eu l’idée de créer une bière pour les accueillir. Puis, vinrent l’accompagner du fromage et du pain.

“La bière n’a pas été brassée chez nous, parce qu’il était interdit de brasser une bière à côté d’une école. Or, chez nous, on privilégie quand même plus l’enseignement que la bière ! En revanche, le fromage est toujours affiné à Maredsous.”

L’abbaye de Maredsous n’est pas actionnaire des sociétés partenaires, chargées de la fabrication de la bière et du fromage. Elle est rémunérée sous forme de royalties. “Ce qui représente la source principale de nos revenus, le reste provient du travail des moines (pension…), du tourisme, de l’hôtellerie” .



© La Dernière Heure 2011