Société Les injustices réelles ou liées à notre histoire personnelle augmentent.

"C’est trop injuste". Que celui qui n’a jamais entendu une personne émettre une plainte liée à une injustice lève la main. "On connaît tous des personnes qui vont lire la réalité au travers d’une grille qui est celle de l’injustice et qui ont tendance à se plaindre", explique Saverio Tomasella, auteur du livre Le syndrome de Calimero, aux éditions Albin Michel.

Ces "Calimero" des temps modernes sont de plus en plus nombreux. "Je pense que la crise qui s’est installée est propice au fait que nous soyons dans un mal-être. Il y a la mondialisation, des phénomènes difficiles à vivre comme le terrorisme qui font que, de toute façon, la vie est fatigante et nous demande beaucoup. Il y a énormément de motifs de se plaindre. Il y a beaucoup d’injustices. Le nombre de Calimero augmente parce que la vie est extrêmement rude."

La société actuelle favoriserait cet état constant d’insatisfaction. "La rentabilité des entreprises habituelles s’appuie sur des cycles de rendement beaucoup plus courts et donc, sortent de nouveaux produits de plus en plus souvent. Le marketing et la publicité nous angoissent, nous poussent sans cesse à vouloir autre chose que ce que nous avons. Ça augmente l’insatisfaction puisqu’on nous propose toujours quelque chose qui est mieux que ce que nous avons. Ça ne peut qu’entretenir et développer l’insatisfaction. La société crée des Calimero."

Burn-out

Pas étonnant qu’on constate de plus en plus de burn-out et de frustration au travail, selon le psychanalyste français. "Il y a beaucoup de souffrance au travail, il y a des relations professionnelles très dures" , dit-il. "Il y a aussi de la perversion, de la manipulation au travail et une pression économique liée au chômage, aux licenciements... Cette précarité fait que les gens sont fragiles et les moyens de pression sur eux son très forts. Cette mauvaise ambiance est très caractéristique des années 2000 et 2010. C’est une forme de détresse qui va s’exprimer par une plainte, des burn-out ou des maux psychosomatiques."

D’autres personnes se plaindraient d’injustices "parce qu’elles s’ennuient. Elles s’oublient dans le quotidien."

Pour s’en sortir , il faut d’abord " se rendre compte du mal-être dans lequel on vit" , explique le spécialiste. Ensuite "comprendre d’où vient cette tendance à ressentir l’injustice". Enfin, "et c’est souvent oublié par les psychanalyses traditionnelles", c’est de procéder à un véritable changement. "Il faut comprendre que la plainte est une action. On peut remplacer cette action par une autre: un sport, une activité manuelle, de l’écriture... Remplacer ça par des activités qui nous aèrent, qui font du bien."