Société La Commission européenne présentera une proposition pour le supprimer.

Une consultation publique ayant eu lieu durant le mois de juillet et août a rassemblé pas moins de 4,6 millions d’Européens qui se sont prononcés sur le maintien ou non du changement d’heure. Parmi les participants, 84 % étaient favorables à la suppression de celui-ci. Un avis partagé par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker. "Des millions de personnes ont répondu et sont d’avis qu’à l’avenir, c’est l’heure d’été qui devrait être tout le temps la règle, et nous allons réaliser cela", a-t-il déclaré hier à la chaîne de télévision allemande ZDF. En 1977, dans le but d’économiser de l’énergie, une directive européenne avait introduit l’heure d’été. Depuis 1996, tous les Européens avancent leur horloge d’une heure le dernier dimanche de mars et la reculent d’une heure le dernier dimanche d’octobre.

La nouvelle est tombée hier : la Commission européenne formulera prochainement une proposition évoquant la fin du changement d’heure. La commissaire en charge du dossier, Violetta Bulc, a annoncé, via un communiqué : "Nous allons maintenant agir en conséquence et préparer une proposition législative pour le Parlement européen et le Conseil (qui représente les États membres, NdlR) , qui décideront ensuite ensemble."

Plus concrètement, la Commission proposera de supprimer les deux changements d’heure annuels. Les États auront la liberté de maintenir l’heure d’été ou d’hiver puisque cela est du ressort de leurs propres compétences. Le porte-parole de l’institution, Alexander Winterstein a déclaré que des discussions auraient lieu entre les différents pays et qu’il fallait s’attendre à un résultat final cohérent.

Électricité : quelques dixièmes de pourcents économisés seulement

Selon Damien Ernst, professeur dans le secteur de l’énergie à l’ULiège, "on parle de au maximum quelques dixièmes de pourcent d’électricité économisés. C’est tellement faible que c’est difficilement mesurable" .

D’autres solutions comme les lampes LED permettent de faire bien plus d’économies qu’un changement d’heure. D’autant plus qu’elles sont de plus en plus efficaces. "Le jeu n’en vaut pas la chandelle. On ne va pas perturber tout un continent, pour finalement ne pas faire d’économies d’électricité."

Les observations sont les mêmes concernant les panneaux solaires. "Le changement d’heure ne changera rien. Ce n’est pas au crépuscule ou très tôt le matin, quand le soleil commence à pointer son nez que les panneaux solaires génèrent de l’électricité photovoltaïque, c’est vers midi", poursuit Damien Ernst. Et surtout, de manière générale, en hiver il y a trois fois moins d’électricité produite via les panneaux solaires, cette diminution ne sera pas moins importante avec le changement d’heure.

Le professeur est lui-même étonné de cette prise de décision en 1977 et surtout qu’elle ait perduré jusqu’à aujourd’hui. "En prenant du recul, c’est presque inquiétant qu’on ait fait des choix politiques non justifiés d’un point de vue énergétique. À mon avis, ils n’avaient pas vraiment fait d’études scientifiques pointilleuses, sinon ils ne l’auraient jamais fait."

Dans les années 70’ , une grande partie de l’électricité était générée par le pétrole. "Aujourd’hui, on n’en utilise plus du tout."

Les gens, à cette époque, avaient peur de manquer de pétrole et donc d’électricité. Tout un ensemble de solutions, y compris des dispositions qui n’avaient aucune base scientifique, ont été avancées pour diminuer la consommation d’énergie. Bien que ce changement pouvait rassurer certains citoyens, aujourd’hui il n’a plus lieu d’être.

Le corps s’en passerait bien lui aussi

D’un point de vue médical, l’avis est le même que pour l’énergie. "Ce serait magnifique que l’on supprime le changement d’heure", déclare le professeur Benny Mwenge, médecin du sommeil à l’hôpital St-Luc.

Bien que pour la plupart des gens, un retour à la normale concernant le sommeil s’opère après deux semaines. "La suppression du changement d’heure est très bien pour les personnes sensibles, présentant des troubles du sommeil. Elles représentent environ 30 % de la population. Et cela va en augmentant."

Pour mieux comprendre, le professeur nous fait un petit rappel sur le fonctionnement de notre corps. "Le rythme naturel du corps se fait selon la sécrétion de nos hormones. Si je dors vers 22 h 30, je vais commencer à avoir la sécrétion de l’hormone du sommeil (la mélatonine). Elle dira à toutes les cellules de ralentir l’activité, de diminuer la tension artérielle et de réparer le corps à partir de maintenant. Et donc de dormir. Vers 5 h du matin, une hormone (le cortisol) va dire "OK, tout le monde debout", la tension artérielle remontera… Chez l’enfant, en plus du cortisol secrété au réveil, il y a le cortisol qui dit qu’il faut grandir. On dit d’ailleurs que l’enfant grandit la nuit, bien qu’il grandisse aussi la journée."

Pour gérer cela, le corps a besoin d’un synchronisateur avec la même sécrétion d’hormones, aux mêmes heures. Le corps sera en bonne santé et aura moins de problèmes cardiovasculaires. "Si l’on change les heures, en allant dormir à 22 h 30, il est pour notre corps 21 h 30 par exemple, il ne réussira pas à s’endormir parce que l’heure du corps n’a pas changé. La mélatonine sera toujours sécrétée à la même heure." Le sommeil sera alors déréglé et rentrera dans une restriction de sommeil.

Des problèmes de concentration, de troubles de l’humeur et la fatigue se feront sentir, durant deux semaines et donc un mois, au total, sur l’année.

Les conséquences du changement d’heure sont plus importantes chez les personnes âgées et insomniaques (30 % de la population). Dans une population où les troubles du sommeil sont grandissants et où l’âge augmente - plus on vieillit, plus on a des éveils nocturnes et des difficultés de sommeil - sa suppression est une belle initiative. "Tous les processus de réparation sont affectés par le changement d’heure sur un plus long terme", conclut Benny Mwenge, spécialiste du sommeil.