Société

Le premier transplanté de la main n'a pas supporté sa greffe

LONDRES Clint Hallam n'a jamais pu s'habituer à sa nouvelle main. Vingt-huit mois seulement après l'opération, le premier transplanté de la main droite s'est fait amputer vendredi soir, à sa demande, dans un hôpital privé de Londres.

`Ce matin, je suis très content car que ce soit moi ou n'importe quel chirurgien au monde, il fallait le faire´, a déclaré samedi le Dr Nadey Hakim, 42 ans, le médecin britannique qui a pratiqué lui-même l'amputation, deux ans et demi après avoir participé à la transplantation réalisée par une équipe de chirurgiens français. `L'état du membre n'était pas bon : il avait arrêté les médicaments antirejets il y a soixante jours et sa vie était en danger´, menacée à terme par une septicémie.

Le 23 septembre 1998, à Lyon, son patient Clint Hallam, de nationalité néo-zélandaise et aujourd'hui âgé de 50 ans, avait bénéficié d'une greffe de la main droite. M. Hallam avait perdu sa première main dans un accident avec une scie électrique seize ans auparavant. Mondialement saluée, l'opération d'une durée de treize heures avait été dirigée par le Pr Jean-Michel Dubernard. Le Dr Nadey Hakim y participait.

Mais au fil des mois, le greffé a commencé à ressentir une gêne vis-à-vis de sa nouvelle main. `Je me sens encore plus handicapé qu'avant... Mentalement détaché de cette main´, a-t-il confié à la presse. `J'en ai assez, je veux être amputé´, a-t-il répété dans une émission de la BBC.

D'après le Dr Hakim, qui a volontiers évoqué par le passé le caractère difficile et les troublantes zones d'ombre sur les activités de son patient, M. Hallam n'a pas suivi correctement son traitement antirejet, et douze mois plus tard, la greffe a commencé à mal tourner. `J'ai sa signature sur une lettre admettant qu'il a arrêté les médicaments depuis 60 jours´, a indiqué le chirurgien.

`Quand le rejet a commencé, je me suis dit qu'après tout, ce n'était pas ma main´, a raconté M. Hallam, dont le membre greffé provenait d'un motocycliste tué dans un accident.

D'après son chirurgien, le greffé était arrivé jeudi soir à Londres en provenance de Californie, mais a eu dans un premier temps du mal à réunir l'argent pour payer l'hôpital où l'opération devait avoir lieu.

M. Hallam a finalement pu réunir l'argent, mais le Dr Hakim assure pour sa part n'avoir personnellement demandé aucun honoraire pour pratiquer l'amputation.

`On a fait ça de façon tout à fait bénévole dès le début´, a-t-il dit, saluant au passage `le travail formidable de l'équipe (de médecins) de Lyon´.

Le Pr Jean-Michel Dubernard, qui n'a pas vu Clint Hallam depuis trois mois, n'a pas souhaité réagir, samedi à la mi-journée, à l'annonce de l'amputation de son patient.

Interrogé sur ses sentiments après cette étrange double opération, le Dr Hakim ne s'est pas déclaré déçu. `Mon travail, ma vie, a été la transplantation et la transplantation c'est comme ça que ça marche: rien n'est jamais acquis, ça ne dure pas toute la vie... Le premier coeur qui a été transplanté, ça a duré dix jours et puis le patient est mort, le premier rein pareil. Là on a deux ans et demi de chirurgie, c'est pas mal du tout´, a ajouté le chirurgien. Et le patient redevenu manchot `est dans un très bon état général´, a-t-il assuré.