De nouveaux États arrimés sur les flots?

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Société

Véritable oracle dans la Silicon Valley, l'Américain Peter Thiel armé d'audace, d'idées et de millions se lance dans un projet étonnant

BRUXELLES Imaginez le triste sort laissé à vos plus intrépides rêves d'enfants depuis que les GPS, explorateurs et scientifiques ont définitivement cartographié les océans de par le monde, recensant à jamais la moindre de leurs îles désertes. Fini donc les espoirs de trésors, de découvertes, ou de territoires inviolés.


C'est sans doute pour venir au secours de ses propres rêves que Peter Thiel, entrepreneur à succès et investisseur milliardaire de 45 ans (il a, entre autres, cofondé le site de payement en ligne PayPal et popularisé Facebook en misant sur cette entreprise dès le début), ne cesse de rêver à de nouveaux horizons. Car comme le relate le magazine américain Details, les innovations technologiques de ces dernières années ne l'impressionnent guère. Alors que « notre société est à un tournant » nous sommes en manque d'idées audacieuses et extravagantes. « A quoi ressemblera le monde dans vingt ans et que pouvons-nous ou devons nous faire pour qu'il soit meilleur? Cette question de l'avenir est infiniment fascinante. Mais elle n'aura jamais de réponse claire», pronostique-t-il.


Voilà pourquoi celui qui a le statut d'icône et d'oracle dans la Silicon Valley a créé le Founders Fund, et propose une flopée d'idées aussi improbables que susceptibles de l'enrichir. Il en va ainsi de l'élaboration de l'opérateur spatial privé SpaceX, ou même d'une société de bio-technologies qui souhaite prolonger la vie humaine en utilisant des séquences de l'ADN.


Mais son projet le plus insensé reste de fonder sur les océans de... nouveaux pays. Avec son ami Patri Friedman, il a élaboré le projet de « cité flottante » qui sur les eaux internationales constitueraient des États souverains non « soumis à la réglementation, aux lois et à la pression morale des pays assis sur la terre ferme », explique encore le magazine.


Peter Thiel qui n'hésite pas à allonger les billets (il a déjà investi près d'un million d'euros), façonne son projet avec de grandes ambitions. Si tout se passe selon ses plans, ces cités devraient réunir plusieurs dizaines de millions d'habitants en 2050.


Au-delà des caractéristiques architecturales, techniques ou juridiques (il faudra que ces États soient reconnus par les Nations unies), « le but ultime » selon Friedman, « est d'expérimenter de nouvelles idées d'État ». Car ces pays, et c'est là sans doute toute l'originalité du projet, deviendraient un eldorado pour tout libertarien qui se respecte. Rappelons que le libertarianisme qui serait proposés dans ces cités, est ce mouvement qui défend à travers tout et par dessus tout la liberté individuelle. Si ce n'est donc pour protéger les habitants, le gouvernement d'un tel État n'aurait qu'un rôle très discret (pas de pénalisation du port des armes, des drogues, pas de sécurité sociale ou de salaire minimum...). Peter Thiel entend donc instaurer sur les flots un système qui ne trouve dans les urnes que peu d'adhérents.


Loufoque, utopique ou chimérique le projet de Peter Thiel? L'entrepreneur ne semble avoir cure des critiques. « Je trouve qu'il y a quelques chose de malsain dans tout ce qui pousse à tant de conformité ». « Il y a des tonnes de gens qui pensent que ce n'est pas possible » expliquait-il en 2009. « Tant mieux. Pas besoin de nous soucier d'eux. Comme ils pensent que ce n'est pas possible, ils ne nous prennent pas très au sérieux. Et ils nous laisseront faire – jusqu'au moment où ce sera trop tard. »


La liberté étant pour lui « incompatible » avec la démocratie, la grande mission des libertarien est bien « de trouver un moyen de fuir la politique sous toutes ses formes, non pas via la politique, mais au-delà ». Avant de pouvoir conquérir l'espace il restait à notre futuriste d'imaginer et de rêver un « pays encore inexploré ». Quitte, sans doute, à en passer des nuits blanches.

© La Dernière Heure 2012

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