Société Pour Koen Vermeulen, c’est la meilleure solution pour "désarmer les bombes humaines que l’on trouve parfois en prison"

Depuis près de quinze ans, Koen Vermeulen suit régulièrement un détenu et lui prodigue ses enseignements de conseiller bouddhiste, afin de rendre son séjour en prison plus supportable. Plusieurs autres bénévoles font de même pour d’autres prisonniers.

"Depuis 2003, je rends visite régulièrement à un prisonnier flamand. C’est une personne qui a fait carrière dans l’armée et a vécu beaucoup de situations très difficiles. Il s’est retrouvé en prison avec un syndrome post-traumatique, ce qui est très courant chez les personnes qui se sont battues. La plupart des gens ressentent la présence d’une autre personne comme une violation de leur espace privé quand cette personne se rapproche à 50 cm. Pour lui, son espace vital privé était de 10 mètres. Donc, il se sentait agressé en permanence et il considérait tout le monde comme un ennemi. Suite à une rencontre avec un prêtre, il s’est rendu compte qu’il devait changer quelque chose dans sa vie et dans sa façon de voir les choses. Puisqu’il se sentait plus proche du bouddhisme, il a décidé de faire appel à un conseiller bouddhiste."

À raison d’une fois par mois, Koen consacre trois heures de son temps à méditer avec le détenu. "Avant tout, je l’écoute parler de ses difficultés et j’essaye de lui proposer des pistes, de regarder les choses avec douceur et je l’accompagne dans sa pratique de la méditation. Je n’y vais qu’une fois par mois donc je reste à chaque fois trois heures pour avoir le temps de faire les choses en profondeur."

Pour lui, la pratique de cette religion est la meilleure solution pour apaiser les prisonniers.

"La pratique du bouddhisme est très utile dans les prisons. Elle permet de modifier le regard sur le monde. Le principe du bouddhisme, c’est que rien dans le monde n’est permanent et qu’on ne peut donc pas être maître de son propre bonheur. Quand on court après le bonheur, il s’échappe toujours. Mais quand on laisse tomber le poids du passé, le bonheur arrive tout seul. Le détenu voit que des pensées de vengeance et d’hostilité referment son cœur et le replongent dans une frustration extrême. C’est le meilleur antidote que je connaisse pour désarmer les bombes humaines que l’on trouve parfois en prison."

"Si le bouddhisme est reconnu, toutes les prisons devront nous accepter !"

Depuis près de trente ans, l’UBB (Union bouddhique belge) est contactée par des détenus qui souhaitent recevoir un accompagnement spirituel. "C’est bien connu, les prisons sont des écoles du crime. Il vaut mieux que les prisonniers utilisent le temps dont ils disposent pour se remettre en question, méditer et prendre des bonnes résolutions !", estime Carlo Luyckx, président de l’UBB. Cependant, tout le monde ne partage pas cet avis. Tous les directeurs de prison n’acceptent pas d’ouvrir les portes aux conseillers de l’association. "Certaines prisons acceptent mais d’autres pas. Pour nous, c’est l’un des grands enjeux de la reconnaissance du bouddhisme en Belgique : avoir des aumôniers payés par l’État et qui peuvent aller dans toutes les prisons où des détenus demandent à avoir un accompagnement bouddhique. Si le bouddhisme est officiellement reconnu, toutes les prisons seront obligées de nous accepter."

L’UBB travaille depuis plus de dix ans à être reconnu en tant que religion non confessionnelle. Si les démarches de l’association aboutissent, le bouddhisme obtiendrait un statut comparable à celui de la laïcité.