Société

Plongée sans tabou et à visage (presque) découvert dans le milieu de la prostitution, objet du scandale

BRUXELLES Marie nous accueille chez elle. Là où elle exerce, dans son “carré” comme on dit dans le milieu. Dans cette ruelle du quartier nord de Bruxelles, toutes les maisons se ressemblent : grisâtres, leurs façades sont néanmoins illuminées par des néons. En vitrine, un fauteuil tout droit tiré du film Emmanuelle. À l’intérieur, un petit salon décoré avec goût, accueillant, qui paraîtrait presque banal s’il ne donnait pas, à l’autre bout de la pièce, sur… un lit et quelques commodités (lavabo, etc.).

Son métier de prostituée, c’est en ce lieu chaleureux que Marie l’exerce, depuis 20 ans. Elle est tombée dedans, par choix – mais sans en avoir pour autant rêvé –, à 35 ans. Et c’est cette face-là de la prostitution que son amie Catherine François, assistante sociale et sexologue, dévoile au travers d’un essai, Sexe, prostitution et contes de fées. Le livre est prétexte pour aborder la sexualité et ses tabous, et le scandale associé.

Il n’est pas question d’“enjoliver la prostitution”, encore moins de la dépeindre comme “un milieu sordide”, explique l’auteure, également présidente de SOS Viol. Mais plutôt de pousser à la réflexion : “En quoi l’amour contre de l’argent serait indigne ?” Et ainsi de rappeler à l’ordre tous les “clitoris congédiés” et de faire, avant tout, un “plaidoyer pour la liberté sexuelle, un héritage”.

Faire la pute, c’est d’abord un gagne-pain quotidien. Certes honteux et peu recommandable, selon beaucoup. Les professionnelles ne l’ignorent pas. Malgré des années de métier, Marie et sa collègue (plus âgée) taisent leur véritable boulot. Seuls leurs enfants sont au courant. Pas la peine d’ameuter le voisinage, même si le poids du secret est lourd à porter. “Se dire pute, ça n’engage pas que soi”, témoigne Marie. Reprise par Marie-Rose : “Quand ma fille a appris, à 15 ans, que j’étais une prostituée, elle a disparu de ma vie. Je n’ai jamais vu mes petits-enfants.”

Si c’était à refaire, bien sûr elles auraient aimé exercer un autre métier. Mais le chômage, après des boulots “normaux”, ne les lâchait pas, elles étaient dos au mur. “J’étais seule avec deux enfants. Et ça payait bien, à l’époque.” Aujourd’hui, c’est une autre histoire…



© La Dernière Heure 2011