Société Une ASBL coach des jeunes diplômés pour travailler dans les écoles "à difficultés"

Beaucoup n’ont pas étudié pour devenir enseignants. Ils sont ingénieurs, scientifiques, traducteurs… Pourtant, ils donnent cours à nos enfants dans les écoles dites "à difficultés" pour répondre à une pénurie massive de professeurs. Une pénurie renforcée par le fait que 30 % des enseignants abandonnent après deux ans passés dans ces écoles à l’indice socio-économique faible, à savoir une école sur deux en Région bruxelloise. Pour contrer la pénurie et les inégalités scolaires, l’ASBL Teach for Belgium a lancé en 2013 un programme de coaching. Elle propose de former en deux ans des jeunes diplômés de tous horizons pour en faire des "enseignants inspirants" , aptes à travailler dans ces écoles secondaires.

Au programme, une Académie d’été de cinq semaines intensives pendant lesquelles ils apprennent des méthodes pour intéresser les élèves, expliquer de manière simple, exercer leur autorité mais aussi "apprendre à connaître leurs forces et à développer leur leadership", explique Timeke Thielman, responsable communication de l’ASBL.

Ils sont alors prêts à se lancer et à trouver une place comme enseignant. Un suivi et du soutien continuent à les guider tout au long de l’année.

Teach For Belgium entretient un partenariat avec 46 écoles à indice socio-économique faible. Elle analyse les besoins des écoles concernant les matières, les charges horaires… Et leur propose des candidats en fonction de leurs besoins. L’établissement mène ensuite les entretiens et retient ou non les jeunes professeurs.

"Au début du projet, certains directeurs étaient frileux à engager nos enseignants mais aujourd’hui, ils reviennent de plus en plus vers nous lorsqu’ils cherchent du personnel", se réjouit Céline Grandjean, membre de Teach for Belgium.

L’ASBL forme des professeurs pour les matières les plus en pénurie : mathématiques, sciences, néerlandais dans les écoles francophones et français dans les néerlandophones.

Le programme Teach for Belgium est reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles mais ne remplace pas l’agrégation que doivent en principe passer les professeurs. Tous les participants sont d’ailleurs encouragés à l’obtenir en parallèle de leur formation. Elle représente un gage de stabilité, permet d’être prioritaire pour obtenir une place et offre également une meilleure rémunération.

Enseigner : une école de vie

Jeunes diplômés, ils ont endossé le rôle de prof presque par hasard. Et l’ont adopté

"Quand j’ai vu la formation que Teach For Belgium proposait, ça a été le déclic" , témoigne Killian Simon professeur d’économie à l’Institut Marius Renard d’Anderlecht. "J’ai fait un master en économie à la Louvain School of Management. Quand j’ai eu fini, je suis parti un an à l’étranger puis j’ai travaillé un an dans une grande entreprise. À la fin de mon contrat, je me suis demandé si c’était vraiment ce que je voulais faire et si je ne pouvais pas utiliser mes connaissances autrement. C’est là que j’ai entendu parler de ce programme de formation."

Les deux parents de Simon sont professeurs, l’enseignement était donc un terrain connu pour lui. S’y aventurer n’a pas été facile pour autant. "Au début forcément on se casse la gueule. Mais au fur et à mesure, on s’adapte au terrain et on prend de l’assurance", explique-t-il. Le Bruxellois de 28 ans enseigne depuis maintenant quatre ans.

Le métier de professeur a aussi été "une petite révélation " pour Martina Di Marco. Diplômée en criminologie, la jeune femme de 26 ans entame sa deuxième année de formation avec Teach For Belgium. Elle enseigne le français à l’Atheneum Brussel. "Jamais je n’aurais imaginé me retrouver un jour face à une classe", sourit-elle. "Et aujourd’hui j’adore ! Surtout le contact avec les ados. C’est plus qu’un échange de connaissances, je tiens à eux. C’est génial quand il y a une bonne ambiance en classe et qu’on voit qu’on peut vraiment avancer ensemble."

Travailler dans des écoles à faible indice socio-économique n’est pourtant pas toujours de tout repos. Les jeunes professeurs se retrouvent confrontés à des situations complexes : élèves qui ont déclenché un incendie, amènent des tasers à l’école… "Mais c’est aussi ça qui motive : essayer d’influencer la trajectoire de jeunes en qui personne ne croit", conclut Martina.