Société Le bilan de la diversité des médias 2017 est sans appel : si nos écrans se veulent miroir de la société, il est... déformant !

Le CSA a rendu son baromètre de la diversité 2017. Sa troisième édition, après celles de 2011 et 2013. Passées en revue, entre autres : la présence des femmes et des "personnes issues de la diversité" à l’écran. Sept jours consécutifs de programmes (sur deux semaines) ont été analysés, mi-mai 2017. 23 chaînes de télé des éditeurs actifs en Fédération Wallonie-Bruxelles ont été scrutées, sur 644 heures de programmes mettant à l’antenne 82.961 intervenant(e)s.

Et c’est loin d’être glorieux ou même, plus simplement, raccord avec la société...

Femmes : du pain sur la planche de l’égalité

Même en prenant les chiffres par leur bout le plus positif (il est compréhensible que le nombre de femmes à l’écran ait diminué en 2017, puisqu’en 2013, le baromètre tenait compte des... émissions de call tv qui diffusaient des photos de jeunes femmes dans des petites annonces !), le gouffre reste saisissant : alors que les femmes sont majoritaires en vrai (51% de la population, selon Statbel), leur représentativité à la télé belge francophone cale à 34,33%.

Les déflagrations consécutives à l’affaire Weinstein ne peuvent être mesurées : l’enquête a eu lieu avant l’éclatement du scandale.

Tout n’est pas noir : primo, dans les programmes d’info, la proportion de femmes connaît un accroissement de 5,08% depuis 2013. Secundo, on n’a jamais autant vu de femmes journalistes sur nos écrans. En 2013, le rôle dans lequel les femmes étaient le plus massivement représentées, c’était celui de candidate à un jeu télé. En 2017, elles sont en premier lieu journaliste-animatrice.

Pour autant, tout n’est pas rose non plus : "Les femmes revêtent toujours plus fréquemment le rôle de vox populi (39,54 %) que de porte-parole (28,23 %) ou d’experte (20,56 %), constate le CSA. Ainsi, elles apparaissent davantage dans le registre de l’affect, du pathos que du logos. Elles sont moins sollicitées pour leur discours critique que pour leur expérience personnelle."

Le traitement confié aux journalistes femmes est également pointé du doigt : elles apparaissent plus souvent que les hommes "au second plan de l’information", dans la couverture de "soft news".

Symptomatique : la seule thématique journalistique où les femmes sont majoritaires par rapport aux hommes porte sur la santé et le bien-être (51,67 % de femmes).

En bref : il y a encore du pain sur la planche de l’égalité médiatique.

Personnes étrangères : la situation... empire !

Dans son baromètre, le CSA parle de "personnes issues de la diversité". Un cache-sexe sémantique, que nous préférons, dans ces colonnes, requalifier par son vrai nom : des personnes métissées, noires, d’origine asiatique, maghrébine, ou tout simplement étrangère.

La "diversité" ne se porte pas bien sur nos écrans. Alors que la représentativité des personnes d’origine étrangère, en 2013, était de 17 %, elle chute, en 2017, à 14,39 %. À part le divertissement, tous les genres sont touchés : -6,98 % dans la fiction, -4,50 % dans l’info, -4,22 % dans les magazines et documentaires et -3,27 % dans le sport.

Alexis Carantonis