Société Une sexologue: "Le porno donne aux jeunes une agressivité supplémentaire".

Il y a deux semaines, cinq jeunes âgés de 16 à 20 ans étaient interpellés pour un viol collectif commis à à Schaerbeek.

Ce phénomène connaît une recrudescence inquiétante : on dénombre entre quatre et cinq viols collectifs, en moyenne, chaque semaine dans notre pays. Ainsi, 211 faits de viol collectif ont été enregistrés par les services de police en 2016 contre 189 en 2015, ce qui correspond à une augmentation de 11 % en un an.

Cela ressort des derniers chiffres divulgués par le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, en réponse à une question parlementaire de la députée Nele Lijnen (Open VLD).

C’est au sein de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles que le plus grand nombre de faits se sont produits: 45 faits en 2016, contre 38 en 2015.

L’augmentation est particulièrement manifeste en Brabant wallon (10 viols collectifs en 2016, 2 en 2015) et à Namur (6 en 2015, 14 en 2016) : deux arrondissements judiciaires qui abritent une université sur leur territoire.

"On déplore en effet des cas de viols dans les universités et souvent, l’alcool joue un grand rôle. Ou la drogue. J ’ai une patiente dont nous suspectons fortement qu’elle a été victime d’un viol collectif", nous explique Valérie L’Heureux, sexologue et professeur à l’UCL. "Cette jeune femme ne se souvient de rien : elle a probablement été droguée. Or, elle souffre d’un lichen, une sorte de champignon disgracieux et douloureux qui récidive régulièrement et affecte sa vie sexuelle. Après des analyses, nous avons constaté qu’il provenait de plusieurs personnes. Et donc, qu’elle avait probablement été victime d’un viol collectif."

Très souvent, le viol est commis par un proche. Cette sexologue relève l’impact négatif de la libéralisation de la pornographie.

"Ce sont parfois le petit copain et ses amis qui sont les auteurs de viols. La pornographie donne à certains de ces jeunes une agressivité supplémentaire et favorise le passage à l’acte. Le fait d’avoir une sexualité agressive est presque devenu la norme. On le voit dans les commentaires des jeunes étudiants, dans les écoles que nous visitons. Avant, les plus bravaches parlaient timidement de masturbation. Aujourd’hui, beaucoup évoquent le gang bang et la tournante. Le porno a banalisé l’idée de faire l’amour en groupe, ce qui peut mener à des dérives."

En 2016, 3.164 faits de viols ont par ailleurs été enregistrés en Belgique : Anvers (497 faits) et Bruxelles (444) sont les arrondissements judiciaires les plus touchés. Cette tendance se poursuit sur le premier trimestre 2017.

Mais à côté des faits connus de la police se trouve encore une zone grise : celle de tous les viols dont personne n’a connaissance, hors la victime et les auteurs. 90 % des victimes d’agressions sexuelles ne font pas de déclaration, selon www.violencessexuelles.be, un site d’aide aux victimes auquel participe la police fédérale.

Aussi, les assistants sociaux et sexologues insistent sur la libération progressive de la parole des victimes, qui se produit. Une ASBL comme SOS viols reçoit ainsi de plus en plus d’appels : 2.076 depuis sa création en novembre 2016. Parmi ceux-ci, 3 % concernent des viols collectifs.

Reste que porter plainte demande un courage énorme de la part des victimes. D’autant que prouver le viol, souvent commis en l’absence de témoins, n’est pas chose aisée. En moyenne, plus d’un tiers des dossiers d’abus sexuels sont classés sans suite…

© D.R.