La souffrance des dons Juans

J. M. Publié le - Mis à jour le

Société La quête sans fin des drogués du sexe et de la séduction

BRUXELLES Naguère, les rumeurs ont insinué que Michael Douglas avait séjourné dans une clinique spécialisée pour soigner sa... soif de sexe, son infidélité maladive. Un véritable drogué, prétendait-on. Sexologue, consultante au service d'urologie de l'hôpital Erasme et de psychiatrie de l'hôpital Brugmann (Bruxelles), le Dr Esther Hirch est amenée à prendre en charge, dans sa pratique quotidienne, des patients présentant une sexualité boulimique. `Des troubles psychologiques qu'il ne faut pas confondre avec l'hypersexualité physiologique, répondant à un désir sexuel intense´, précise d'emblée le Dr Hirch.

En fait, et pour schématiser, il convient de distinguer deux profils de drogués sexuels.

L'obsédé sexuel. Il souffre d'une hypersexualité compulsive, il est submergé par cette obsession. `Il cherche à apaiser une angoisse, liée à un vide intérieur, explique Esther Hirch. Dans cette perspective, la femme est souvent présente, mais pas toujours. Certains hommes vont ainsi se tourner vers la masturbation solitaire, jusqu'à une dizaine de fois par jour. Et il n'est pas forcément question d'infidélité: d'autres vont réveiller leur compagne en pleine nuit, pour s'assurer de la qualité de leur érection.´ Au demeurant, un obsédé infidèle peut éprouver un amour immense pour sa femme. `Il l'aime à ce point, en fait, qu'il ne veut pas en faire un objet de plaisir, d'érotisme et se tourne alors vers d'autres.´
Côté féminin, cette obsession trouve son expression dans la nymphomanie. `Ces femmes sont disponibles pour toute aventure. Elles éprouvent un sentiment d'insatiabilité. Fondamentalement, elles sont en recherche d'intimité, de chaleur, de communication, d'amour. Mais comme cette quête échoue, elles recommencent, encore et encore...´

Le don Juan. Un homme qui souffre d'un vide, d'un manque; à la recherche de la femme qui va pleinement le satisfaire, le combler. `Ils ne sont pas toujours conscients du mal qu'ils font, à eux-mêmes et aux autres. Leurs victimes, ils les considèrent comme des objets, comme des brevets de virilité, des trophées. Ce besoin d'être conforté enferme le Don Juan dans son trouble. L'apaisement n'est que provisoire: il faut reproduire la conquête pour se valoriser.´
La psychiatrie et la sexologie peuvent proposer une prise en charge à ces patients. Avec des résultats très aléatoires, en cas d'immaturité psychoaffective importante. Des situations extrêmement complexes.
J. M.