Le déséquilibre linguistique s’est creusé en 4 ans

Antoine Clevers Publié le - Mis à jour le

Société

Il concerne surtout les hauts grades de l’armée. La majorité veut y remédier et présentera un rapport avant l’été

Les chiffres le prouvent (tableaux ci-contre) : le déséquilibre linguistique à l’armée est une réalité. Il penche nettement en faveur des néerlandophones en ce qui concerne les plus hauts grades de l’armée. Et il s’est accentué depuis l’arrivée de Pieter De Crem (CD&V) comme ministre de la Défense en décembre 2007.

Une clé de répartition – tacite ! – veut que chaque grade compte environ 60 % de néerlandophones pour 40 % de francophones. Du côté des généraux (70-30 %) et des colonels (64-36), on en est loin… Mais la tendance s’inverse dans le bas de l’échelle en faveur des francophones, notamment pour les caporaux (51-49).

“Le but n’est pas d’avoir un équilibre parfait” , souligne le député CDH Georges Dallemagne. “Ce qui est gênant, c’est que les hauts grades (surtout à l’état-major) et les fonctions représentatives (attachés de Défense à l’étranger et officiers dans les organismes internationaux) sont très majoritairement occupés par des néerlandophones.”

Les uns (les Flamands) parlent d’un déséquilibre cyclique. Les autres (les francophones) d’un déséquilibre structurel. Où se situe la vérité ? Difficile à dire “parce que le système de nomination est très opaque” , constate M. Dallemagne.

Des arguments plaident dans les deux sens. Côté flamand : le fait que beaucoup plus de néerlandophones réussissent les examens linguistiques – indispensables pour accéder aux hauts grades (DH du 16/3/11). En fait, le taux de réussite est comparable chez les francophones. Sauf qu’ils sont nettement moins nombreux à tenter l’examen. Ils sont donc, en valeur absolue, moins nombreux à le réussir…

Argument côté francophone : Denis Ducarme (MR) rappelle qu’“on a pu voir que, sur la période De Crem, 80 % des généraux nommés étaient des néerlandophones” , alors que les candidats francophones étaient aussi en nombre. “Ce qui s’est passé avec le colonel Gennart (NdlR : qui avait vu sa nomination refusée et avait dénoncé la “flamandisation de l’armée”) n’est pas acceptable” , embraye Patrick Moriau (PS).

Ceci dit, pour M. Ducarme, “le débat politique a eu lieu, il faut maintenant aller de l’avant” . L’accord de gouvernement prévoit que “le respect de l’équilibre linguistique au sein de l’armée sera un souci permanent” .

Les six partis de la majorité (PS, MR, CD&V, SP.A, Open VLD et CDH) mettent la dernière main au rapport du groupe de travail qui avait analysé la problématique du déséquilibre au premier semestre 2011. Ils espèrent le faire voter avant les vacances parlementaires.

Le rapport devrait effectivement conclure à un déséquilibre linguistique. Mais sans en expliquer le pourquoi – il s’agit d’épargner le CD&V et son ministre de la Défense… Par contre, il émettra des recommandations pour tendre progressivement vers l’équilibre.

Les députés vont appliquer à l’armée la règle qui prévaut dans la fonction publique : une clé de répartition 60-40, sauf pour les top managers où l’équilibre est de rigueur.

Il devrait aussi être permis de passer autant de fois que souhaité les examens linguistiques; et de créer des équivalences avec le Selor.



© La Dernière Heure 2012
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