Société

Naya, la louve sauvage qui a été repérée il y a quelques jours en Belgique, et qui, par là, a marqué le retour officiel de cet animal dans le pays, a probablement tué deux moutons et blessé un autre vendredi soir à Meerhout, en Campine, dans la province d'Anvers. C'est ce qu'indique dimanche soir l'ASBL flamande Landschap.

D'après cette dernière, la louve Naya se trouve en Belgique depuis près de trois semaines, après avoir traversé la frontière depuis l'Allemagne. Elle semblait avoir trouvé un lieu de vie temporaire entre Bourg-Léopold et Beringen (province de Limbourg) après avoir parcouru quelque 500 kilomètres en dix jours. La "louve promeneuse" semble à présent s'être remise en route, selon l'ASBL, qui précise encore qu'elle ignore où se trouve Naya à présent.
Comment devez-vous réagir si vous tombez nez à nez avec un loup ? L'initiative flamande "Welkom Wolf" a donné ses conseils dans une brochure spéciale, relayée par la VRT.

1. La première règle, si vous vous retrouvez face à un loup ? Ne pas avoir peur et rester calme. "Vous n'avez rien à craindre", assure l'asbl flamande Landschap, à l'initiative du projet Welkom Wolf. Car tout d'abord, l''homme n'est pas une proie pour le loup. "L'humain n'appartient pas à son schéma habituel de prédation", précisent les spécialistes. En clair, pas d'homme au menu du loup ! En outre, le loup a un certain respect pour l'homme, de par sa façon de se comporter. A la vue de l'animal, il faut donc rester debout et ne plus bouger, maintenir une distance raisonnable, ou s'écarter de façon assurée et calme de son chemin.

"Actuellement, nous sommes dans une phase de dispersion d’animaux solitaires qui évitent le contact humain. Le loup évite les bipèdes", insiste-t-on du côté du ministre wallon de la Nature.

Le loup a en effet tendance à éviter l'homme, car il craint les animaux "bipèdes", comme les ours ! Cette angoisse "des deux pattes" est profondément inscrite dans les gènes du loup et a été transmise de génération en génération. Mais en cas de rencontre, il faut donc rester calme, discret et surtout ne pas attaquer, agresser le loup ou encore tenter de le "coincer" quelque part. "On n'a rien a craindre d'un loup, tant que celui-ci n'est pas mis au pied du mur. (...) Mais quand un loup est pris au piège, il peut - comme tous les animaux - attaquer, dans une tentative de sauver sa vie", relèvent les spécialistes de l'asbl Landschap.

La seule arme que vous pouvez donc dégainer est votre appareil photo. Le plus difficile sera sans doute de prendre rapidement une photo, avant que le loup ne disparaisse ! La photo peut être envoyé à ce point de signalement flamand ou à ce point de signalement wallon.
Même si vous êtes chasseur, il vous est interdit de tuer le loup rencontré. Les loups, menacés d'extinction, sont protégés en Europe.

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2. Que faire avec vos animaux ?
C'est évidemment une question importante et aussi financière. Un loup doit en effet manger 3 à 4 kilos de viande par jour. Il peut même absorber jusqu'à 10 kilos de nourriture par jour, et en "vivre" plusieurs jours d'affilée. En ce qui concerne les deux moutons tués ce week-end, si l'enquête montre que c'est effectivement Naya la coupable, l'agriculteur touché pourra demander un dédommagement à l'Agence flamande pour la nature et la forêt (Agentschap voor Natuur en Bos).

Les loups ont toutefois une large préférence pour les proies sauvages, comme le chevreuil ou le sanglier, mais celles-ci s'enfuient rapidement. S'il a une possibilité d'attaquer un mouton apprivoisé, un loup opportuniste choisira parfois cette option, poursuit l'association Landschap, qui recommande dès lors d'enfermer préventivement le bétail la nuit.Les fils barbelés ou les grilles électrifiées peuvent également faire office de mesure préventive.

Si vous soupconnez que votre animal a été attaqué, il faut relever au plus vite les preuves ( traces d’ADN, excréments, ou empreintes de loup). Quant aux animaux domestiques (chats et chiens), ils constituent des proies aussi rares que le bétail ( 1 % du menu des loups de Lausitz - la région d'Allemagne où la majorité des loups allemands se trouve - dans un menu composé à 53 % de chevreuils, à 21% de cerfs et à 18 % de sangliers). Mais il est vrai que l'on a enregistré dans ce pays et aussi en Suisse des incidents entre chiens et loups. Les plus grands des chiens sont des concurrents pour la nourriture et les petits de potentielles proies. Un chien de chasse qui pénètre sur le territoire d'un loup peut aussi se retrouver attaqué...

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3. Faut-il oublier les classes vertes ou le camping en Campine ?

Les mouvement de jeunesse n’ont aucun souci à se faire, selon la VRT : les loups de nos régions ne sont vraiment pas dangereux pour l’homme. En journée, l’animal demeure d’ailleurs relativement caché. En cas de rencontre lors d’un jeu nocturne, le même conseil est de mise : rester calme, et ne pas importuner la bête.

4. Naya pourrait-elle arriver en Wallonie ?

Le ministère wallon de la Nature ne l'exclut pas, puisque il est prévu "que le réseau loup wallon soit informée du parcours de l’individu, s’il devait arriver en Wallonie, par le responsable suivi prédateur flamand". L'animal pourrait par exemple quitter le Limbourg et arriver en Wallonie via l’Allemagne ou le Grand-Duché, évoque son cabinet.

"Si l’individu devait venir en Wallonie, le réseau loup obtiendra les codes d’accès des collègues allemands afin de pourvoir le géolocaliser en temps réel", nous précise-t-on au cabinet du ministre René Collin. Pour rappel, ce loup est originaire d' Allemagne où il a été équipé d'un collier émetteur par une équipe scientifique, permettant de suivre ses pérégrinations avec précision. On sait qu'il est arrivé par le Nord des Pays-Bas, puis est passé à Beringen, à 50 km de Liège. On sait aussi que cette louve a parcouru quelque 500 kilomètres en dix jours ! C'est une "louve-promeneuse!"

Du côté du ministre de la Nature René Collin, on rappelle que "en ce qui concerne les milieux qui pourraient accueillir le loup, il faut reconnaître que l’importance actuelle de la forêt en Wallonie et son évolution par rapport à la forêt de l’époque des derniers loups ( fin du 19ème siècle), constitue théoriquement un atout car, comme c’est le cas pour ses proies d’ailleurs, un couvert forestier étendu garantit normalement une relative tranquillité et un certain éloignement vis-à-vis de l’homme et de ses activités". D'autre part, "notre territoire a, a priori, la capacité de répondre aux besoins alimentaires d’un ou plusieurs loups eu égard au niveau de population de grands gibiers présents dans nos forêts". Enfin, la Wallonie est un corridor entre les grands massifs français et allemands.

En revanche, nos forêts sont moins denses que chez nos voisins allemands et français et entrecoupées de nombreuses routes, ce qui nuit à la tranquillité du loup. Le ministre a en tous cas ajouté le loup à la liste des espèces pour lesquelles il existe une l’indemnisation pour dommage causés, et ce afin d’empêcher une forte opposition à la présence de l’animal si ses déprédations n’étaient pas couvertes. Le processus législatif est en cours. Un réseau d'observateurs est aussi constitué.