Société Les médecins lui ont diagnostiqué une sténose de la valve aortique. Il est actuellement hospitalisé et passera la nuit à l'hôpital.

L’information a été transmise par le Palais royal ce jeudi matin : le roi Albert II "souffre de sténose de la valve aortique qui nécessite une mise au point en vue d’une thérapeutique adaptée à son cas".

En d’autres termes, le souverain à la retraite a été admis mercredi soir aux Cliniques universitaires Saint-Luc afin d’effectuer des tests et de discuter de la meilleure manière de traiter son problème cardiaque. La reine Paola est à ses côtés, nous confie-t-on. Il passera la nuit à l'hôpital. "Nous espérons avoir davantage d'informations sur ce qu'il va se passer d'ici demain vendredi", confie Patrick Renault, porte-parole du Palais royal, qui souligne cependant que les examens se sont bien passés.

La sténose de la valve aortique est "la deuxième cause des opérations cardiaques en Belgique, après le pontage des artères", constate le docteur Christophe Laruelle, cardiologue interventionnel à la clinique Saint-Luc à Bouge (Namur).

Le Dr Emmanuel Haine , chef du département de cardiologie des cliniques de l’Europe confirme : "C’est une pathologie cardio-vasculaire que l’on retrouve fréquemment chez les patients du troisième âge. C’est une maladie dégénérative. La valve, comme une porte, ne s’ouvre plus convenablement. À partir d’un certain seuil, on ressent des symptômes tels que l’essoufflement ou des syncopes à l’effort et on est exposés à de nombreux risques, comme la mort subite. Le cœur ne peut plus faire face à l’obstacle."

Des sources concordantes, proches du Palais, indiquent que ce n’est "pas une admission d’urgence". Il s’agissait d’examens prévus, en vue de discuter du meilleur traitement pour le Roi.

"Le premier risque de ce genre d’opération est le fait d’opérer en urgence", note le Dr Emmanuel Haine. "Quand on opère des patients stabilisés et préparés, comme cela semble être le cas, on diminue les risques", ajoute-t-il.

Le traitement le plus adapté au cas du père du roi Philippe est actuellement discuté par ses médecins. Christophe Laruelle détaille : "Habituellement, une heart-team , composée d’un chirurgien cardiaque, d’un cardiologue interventionnel, d’un cardiologue échographiste et d’un gériatre, va discuter de chaque cas en fonction des antécédents médicaux, des tests…"

Plusieurs types d’interventions sont possibles : "On a soit recours à la chirurgie cardiaque classique soit on intervient par voie percutanée, sans devoir ouvrir la poitrine." La valve aortique est remplacée par "une valve mécanique avant 65 ans, par une valve biologique (une valve de porc, NdlR) au-delà de 65 ans."

Un pacemaker pourrait-il être posé au Roi, qui a déjà subi un quadruple pontage ? Tout est possible. "La calcification de la valve aortique peut avoir un impact sur la dégénérescence des conduits électriques alentour", admet le Dr Haine. "En fonction de l’état de dégénérescence de la valve et des antécédents cardiaques, il peut y avoir une augmentation des risques de se voir poser un pacemaker."

Le Dr Christophe Laruelle tempère : "La sténose de la valve aortique n’amène pas spécialement l’obligation d’un pacemaker. Sauf si les canaux électriques ont été comprimés ou abîmés. Mais c’est plutôt rare."

Une intervention chirurgicale au cœur reste une opération lourde. "Après l’intervention, le Roi devra rester en soins intensifs durant quelques jours, avant d’être hospitalisé durant une semaine. Il devra, par la suite, avoir de la revalidation cardiaque deux à trois fois par semaine. Il faut, en moyenne, quatre à six mois au patient pour être à nouveau autonome", conclut le Dr Laruelle.


Neuvième admission hospitalière

Ce n’est pas la première fois que le souverain à la retraite est hospitalisé.

À la fin de l’année 1999, Albert II avait dû annuler quelques activités publiques parce qu’il souffrait du dos. Une sciatique aiguë chronique, provoquée par une hernie discale le contraignait à observer le repos. Il a été opéré durant les premières semaines de l’année 2000 à Alost.

Deux mois et demi après cette opération du dos, le Roi avait, de nouveau, été admis à la clinique Notre-Dame d’Alost. Il y a subi un quadruple pontage coronarien.

En 2002, le roi Albert II chute à moto dans le sud de la France. Verdict ? Fracture de la cheville. Il a dû porter un plâtre durant quelques semaines.

En 2006 et 2008, deux opérations aux yeux. À l’œil gauche, d’abord. À l’œil droit ensuite. Et ce, pour venir à bout de la cataracte.

Juin 2007, le Palais annonce que le roi Albert s’est fracturé le col du fémur. Il a été opéré avec succès à clinique Saint-Jean, à Bruxelles.

En novembre 2011, une opération chirurgicale a permis le retrait d’un carcinome basocellulaire de la peau du nez. Cela a été réitéré en 2014, au niveau de la peau du crâne. Il avait pu rentrer chez lui, au Belvédère, le jour même.


Souverains belges fragiles du cœur

Le roi Albert II n’est pas le seul membre de la famille royale belge à souffrir d’une pathologie cardiaque.

La reine Elisabeth, par exemple, a été terrassée par une crise cardiaque le 23 novembre 1965.

Une vingtaine d’années plus tard, le cœur est l’organe qui met fin au règne de son fils. Le roi Léopold III est décédé des suites de complications d’une chirurgie cardiaque. Son cœur a cessé de battre la nuit du 24 au 25 septembre 1983, aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

Le roi Baudouin, quant à lui, a succombé à un arrêt cardiaque à Motril, en Espagne. C’était le 31 juillet 1993. En 1992, il avait subi une importante intervention chirurgicale à Paris, à l’hôpital Broussais. Il était passé entre les mains de spécialistes à la suite d’une maladie de la valve mitrale, avec calcification. "Ce n’est pas la même maladie que son frère Albert II", précise le Dr Christophe Laruelle.

Les cardiologues sont cependant d’accord : les maladies cardiaques ne sont pas héréditaires. Elles seraient liées au vieillissement. "C’est une pathologie liée à l’âge du roi Albert II, c’est dégénératif, pas héréditaire", ajoute le Dr Emmanuel Haine.