Société La ministre Marie-Christine Marghem annonce un renforcement des moyens contre le commerce illégal des NAC.

De par sa position géographique, la Belgique constitue une plaque tournante du trafic international des espèces protégées par la convention de Washington (CITES) qu’ont signé 183 pays dont le nôtre. Ce constat peu réjouissant a poussé la ministre Marie-Christine Marghem (MR) - de passage lundi au parc Pairi Daiza où se trouve le plus grand refuge pour NAC du Royaume - à solliciter auprès du gouvernement fédéral des moyens supplémentaires afin de mieux combattre ce business très lucratif. "Deux inspecteurs, c’est vraiment trop peu. Dès la rentrée de septembre, ils seront au nombre de sept tout en étant épaulés par deux contrôleurs", précise la ministre de l’Environnement en charge de la gestion sur notre territoire de l’importation, de l’exportation et du transit de cette faune et de cette flore exotiques suscitant tant de convoitises.

La surveillance sera ainsi renforcée au port d’Anvers ainsi que dans les aéroports de Zaventem et de Bierset par où convergent, hélas, chaque année, de nombreux spécimens d’animaux et de végétaux dont la commercialisation est strictement interdite. "En cas d’infraction, la marchandise est systématiquement saisie, un PV dressé et des poursuites judiciaires engagées. En agissant de la sorte, c’est aussi une manière de lutter contre le trafic international de drogue, d’armes et d’êtres humains. Celui-ci permet à des groupes criminels organisés de générer des revenus faramineux de l’ordre de 8 à 20 milliards par an. Ces sommes d’argent colos (sales) n’ont rien à envier à celles issues du trafic des nouveaux animaux de compagnie", déplore Marie-Christine Marghem.

L’an dernier, la cellule CITES du SPF Santé publique a procédé à 167 contrôles (237 en 2015) dont la moitié ont fait l’objet d’un procès-verbal. Les reptiles, les perroquets, les rapaces et les défenses d’éléphant (ivoire) totalisent à eux seuls 74 % des contrôles. "Nos services effectuent des descentes souvent fructueuses chez des éleveurs et dans des magasins ayant pignon sur rue. Si la détention et la vente s’avèrent illégales, les contrevenants s’exposent à des amendes allant de 350 € à 350.000 € ainsi qu’à des peines carcérales. Récemment, trois ressortissants chinois ont écopé de six mois de prison ferme après avoir été interceptés à Zaventem alors qu’ils transportaient dans leurs valises 2.000 hippocampes séchés", révèle Miet Van Looy, responsable de la cellule Cites.

Carapace recueille tous les ans 400 spécimens

Les Nac saisis sur le sol belge sont confiés à l’ASBL Carapace qui, depuis 2002, les recueille à bord du Mersus Emergo , du nom de ce gigantesque baleinier amarré sur les étangs de Pairi Daiza.

Chaque année, environ 400 spécimens sont pris en charge par cet organisme dont la vocation est de retaper cette faune exotique détenue illégalement par mode, snobisme ou appât du gain. Parmi eux, de nombreuses tortues, serpents, iguanes, scorpions ou encore des tarentules. Autant de bestioles abandonnées par leurs propriétaires, délogées d’un magasin animalier ou découvertes par des douaniers au retour d’un lointain voyage. "Certains détenteurs peu scrupuleux se débarrassent de leur lézard ou de leur python comme d’autres abandonnent leur chien ou leur chat au moment de partir en vacances" , déplore Laurent Grolet, un des membres fondateurs de l’ASBL Carapace.

Les animaux sur lesquels veille toute une équipe de soigneurs finissent leurs jours à Pairi Daiza - entre les parois de ce bateau transformé en une véritable arche de Noé - ou alors rejoignent d’autres jardins zoologiques. "Nos plus anciens pensionnaires ont débarqué ici voici plus de 20 ans. C’est le cas de certaines tortues dont l’espérance de vie peut atteindre les 100 ans !"

Le Mersus Emergo héberge environ 2.000 spécimens représentant pas loin de 200 espèces différentes qui s’offrent au regard des visiteurs au travers d’une exposition permanente. " Fort heureusement, il nous reste encore des possibilités d’extension", poursuit le porte-parole de l’ASBL Carapace à qui le parc Pairi Daiza offre les infrastructures et les moyens financiers nécessaires pour mener à bien cette noble activité. " La Belgique a longtemps été à la traîne mais figure désormais parmi les pays européens où les sanctions pénales sont les plus lourdes pour les trafiquants" .