Société EAN, un projet hybride (mi-satellite, mi-terrestre) pour, enfin, disposer d’une connexion digne de ce nom dans l’appareil !

Pourquoi donc, à l’heure du tout connecté, un moment potentiellement aussi long, ennuyeux et propice à la productivité ou au divertisssement qu’un vol en avion reste-t-il dépourvu de toute connectivité au Web ? Vous pensez bien que, vu les enjeux économiques énormes derrière cette question, les compagnies aériennes planchent sur le problème - depuis plus de dix ans. 

Il n’est, à l’heure actuelle, que très partiellement résolu : si certaines trop rares compagnies proposent bien le wi-fi embarqué (par le biais d’une petite antenne satellitaire placée sur le toit de l’appareil), c’est généralement sur les seuls vols de type long-courrier. Elles commercialisent très peu cet ersatz de wi-fi (elles l’offrent plutôt à leurs voyageurs les plus fidèles), ou alors très cher. Puis, surtout, la connexion est systématiquement d’une piètre qualité et d’une grande instabilité...

Bonne nouvelle : c’est en passe de changer.

Inmarsat, premier fournisseur mondial de services de télécommunications mobiles par satellite, a annoncé il y a peu le lancement en Europe d’une nouvelle technologie qui permettra d’offrir une connexion à Internet performante dans les avions. Baptisée EAN, pour European Aviation Network, le système combine la connexion Internet offerte par satellite avec celle fournie par des installations terrestres, comme pour la 4G. Le meilleur de ce qu’il y a très au-dessus de nos têtes, mixé avec les systèmes d’émission qu’on trouve sur la terre ferme, puisque, pour l’occasion, Inmsarsat s’est associé avec l’opérateur Deutsche Telekom et Nokia (dans son volet équipementier, pas fabricants de mobiles), qui ont installé 300 antennes partout sur le territoire européen.

L’enjeu est de taille. Ce marché pourrait peser 135 milliards de dollars en 2035, dont 30 milliards pour les seules compagnies aériennes, selon une étude de la London School of Economics. Jusqu’ici, toutefois, la première initiative pour améliorer la connexion à bord, aux États-Unis (le programme Air to Ground) n’a pas été un franc succès. Inmarsat, lui, affirme avoir déjà testé sa technologie avec le groupe IAG (British Airways, Iberia, Aer Lingus, Vueling), qui devrait bientôt commencer à offrir ce service à ses passagers.

À quel prix ? "Libre aux compagnies d’établir la façon dont elles commercialiseront le wi-fi à bord. D’ici trois à quatre ans, environ un millier d’avions devraient être équipés avec notre technologie en Europe, mais seulement pour les vols intra-européens", précise Philip Balaam, d’Inmarsat.

La... Belgique freine !

Seule ombre au tableau de l’expansion du projet EAN ? La... Belgique. L’opérateur de satellite britannique a choisi pour commencer le Vieux Continent, car le cadre réglementaire commun aux 28 pays de l’Union européenne lui semblait un atout pour déployer rapidement sa solution dans une région au trafic aérien bondé. Pour ce faire, il doit donc obtenir des licences auprès des autorités de régulation des telecoms dans les différents pays. C’est ok pour la France ou la Grande-Bretagne... mais pas la Belgique.

L’accord d’octroi de licence de l’IBPT a en effet été suspendu par la cour d’appel de Bruxelles suite à un recours en annulation introduit par ViaSat, qui s’est associé aux Français d’Eutelsat, farouche concurrent d’Inmarsat...

Simple écueil temporaire, estime Inmarsat. Reste qu’il faudra encore un peu patienter, pour profiter de Netfix en plein vol...