Société Alors que l’Exécutif des musulmans insiste sur la priorité à accorder aux études, l’influent prédicateur Rachid Haddach demande aux étudiants de poursuivre leur effort.

Peut-on ou non déroger au jeûne du ramadan en période d’examens lorsqu’on est étudiant ? La question paraît simple, mais le débat fait pourtant rage au sein de la communauté musulmane, beaucoup de parents et d’enfants ne sachant visiblement plus ce qu’il faut faire. Prenant acte du flou actuel, le Conseil des Théologiens a émis, pour la première fois de son histoire, une fatwa pour rappeler aux élèves que leurs examens doivent être la priorité. Une décision qui est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté, comme le montrent les critiques émises vendredi par l’influent prédicateur Rachid Haddach. "Devons-nous devenir la communauté du moindre effort ?", s’est notamment interrogé ce Bruxellois, sur sa page Facebook, laquelle est suivie par près de 200.000 internautes.

Si le jeûne du ramadan pour les étudiants fait autant parler de lui cette année, c’est parce que cette période importante pour les musulmans tombe, cette fois-ci, en pleine période d’examens. Et en ce mois de juin, la période de jeûne peut parfois également dépasser les 18 heures d’affilée.

"On a eu beaucoup de parents qui nous ont posé des questions cette année. On a donc demandé au Conseil des Théologiens de rendre cet avis avant le début du mois pour clarifier la situation. Concrètement : on n’oblige personne à faire quoi que ce soit, mais on rappelle aux étudiants qu’ils peuvent faire ce jeûne plus tard dans l’année", explique Salah Echalaoui, le président de l’Exécutif des musulmans. "On voit que notre avis est critiqué par certains, mais on assume", ajoute-t-il.

Parmi les prédicateurs critiques, se trouve notamment Rachid Haddach, présenté en février dernier par le journal français Libération comme un des imams francophones les plus influents sur Youtube. "Pendant que certains de par le monde jeûnent sous les bombes, la torture, la pénurie d’eau… et j’en passe, nous ne sommes même pas sûrs de pouvoir le terminer", assène-t-il.

Certains jeunes de 10 ans font le ramadan

Le jeûne du ramadan concerne normalement les musulmans âgés de plus de 14 ou 15 ans, les plus jeunes risquant de mettre leur santé en danger s’ils arrêtent de boire et manger durant de longues périodes. Pourtant, un certain nombre de jeunes Belges de 10 ou 11 ans participent, encore cette année, à cette période du jeûne. "J’ai eu plusieurs témoignages comme quoi des jeunes de 10 à 12 ans faisaient le ramadan. Les parents ne savent généralement pas quoi faire et ne les encouragent pas", explique l’échevine molenbeekoise de la Jeunesse Sarah Turine (Ecolo). "C’est une infime minorité, mais on nous a signalé des cas avec des enfants de 10 ans dans nos écoles", confirme l’échevin schaerbeekois de l’Enseignement Michel De Herde (DéFi).

Corinne Torrekens, docteure en sciences sociales et politiques à l’ULB, spécialisée dans les questions liées à l’islam: "Le débat montre que les choses changent"

"On se rend compte que le jeûne du ramadan est extrêmement suivi, mais qu’il y a de plus en plus une individualisation de la pratique religieuse. Cela explique notamment que le caractère obligatoire fasse débat. Le fait qu’il y ait eu cet avis du Conseil des Théologiens pour les étudiants en examen montre aussi que les choses changent, qu’il y a une pluralisation des pratiques. Il faut aussi tenir compte qu’il existe désormais une mise en scène de soi via les réseaux sociaux".