Société Depuis quelques années, faire reconnaître son enfant comme haut potentiel (HP) est devenu un véritable phénomène à la mode. Pour les jeunes qui le sont réellement, l'absence de reconnaissance par les pouvoirs publics empêche toute prise en charge spécifique à l'école.

"Il existe une tendance depuis quelques années à vouloir que son enfant soit considéré comme ayant un haut potentiel (HP). Il suffit que l’enfant ait des problèmes d’inattention ou soit dissipé à l’école, et certains parents ont envie que cela s’explique par l’existence d’un haut potentiel. Pourtant, les HP, c’est quelque chose à quoi il faut accorder une vraie attention et qui est sérieux" , met en garde Pierre Debroux, psychologue clinicien, alors que de nombreuses associations ont vu le jour ces dernières années pour répondre à la demande.

"Il n’y a pas de définition claire de ce qu’est un profil HP, mais le profil est généralement détecté dès l’âge de 9 ans. Il faut généralement avoir minimum entre 125 et 130 de QI, et cela se traduira également aussi par une extrême fragilité. Ce sont des enfants auxquels il faut accorder une aide spécifique. Ils sont souvent sujets à un moment à une dépression importante en raison d’un décalage", constate ce spécialiste qui a travaillé sur la question.

Coaching personnalisé, colloques, ateliers en tout genre, école des devoirs, groupes de parole et bien sûr mise en place d’une séance de détection : des dizaines d’associations proposant des services et des soins sur mesure ont vu le jour ces dix dernières années en Fédération Wallonie-Bruxelles. La majorité d’entre elles sont sérieuses et agréées par une mutuelle, les séances de thérapie étant pratiquées par des praticiens reconnus et font donc l’objet d’un remboursement. CVIM, Avance-toi ou encore EHP Belgique en sont trois exemples parmi tant d’autres.

"On a créé le centre il y a trois ans et on est aujourd’hui un des plus grands en francophonie. Je suis psychopédagogue et les difficultés des enfants m’intéressent. On aide les personnes à haut potentiel, mais aussi celles un peu plus fragiles à un moment de leur vie", explique Laurence Nicolaï, du CVIM. "On est souvent sur des thérapies courtes. Les meilleures d’entre elles, ce sont les activités de groupe. On a vu le nombre de demandes de détections augmenter ces dernières années. Il est plus fréquent que la réponse soit négative, même si huit fois sur dix, les parents voient juste", indique, Valérie Dereppe, d’Avance-toi.

Reste un danger majeur pour les parents : se tourner vers une association non compétente et composée de personnes ne possédant pas l’expertise requise. Une situation inquiétante puisque les enfants ne bénéficieront pas de la thérapie dont ils auront besoin.

Depuis 2015 , les députés Défi Caroline Persoons, Joëlle Maison et Emmanuel De Bock ont mis sur la table une proposition de résolution visant à reconnaître en Fédération Wallonie-Bruxelles les besoins spécifiques des enfants à haut potentiel. Un projet qui, s’il aboutit, pourrait aider les familles concernées et pousser à davantage de contrôle dans le secteur. "Ce texte a été préparé avec l’aide de parents, de psychologues, de professeurs. Notre société, et spécialement notre enseignement, doit accompagner et apporter des solutions adéquates à ces jeunes aux potentiels particuliers, à leurs parents, à leurs professeurs", insiste Caroline Persoons.

"Ma fille avait l’impression d’attendre un train qui n’arrivait jamais"

BRIGITTE (55 ANS) DE WAVRE "J’ai deux enfants qui ont aujourd’hui 22 et 26 ans et qui sont tous les deux à haut potentiel. Ma fille a été diagnostiquée à 5 ans. C’est l’école qui était très à l’écoute. Ma fille savait déjà lire et écrire à 5 ans et le directeur d’école a proposé qu’on fasse un test. On n’a pas du tout imaginé que c’était quelque chose d’important, mais en fait, elle s’ennuyait déjà en maternelle et a sauté d’une classe par la suite. C’est surtout devenu un problème à 11 ans quand elle est arrivée en secondaire. C’est devenu à un certain moment insupportable. Elle nous a parlé plus tard de cette sensation de se trouver depuis toujours sur le quai d’une gare en train d’attendre un train qui ne venait jamais. Tous les cours étaient ennuyants pour elle ! Cela a eu un très grand mal-être personnel. C’est là qu’elle nous a dit qu’elle s’ennuyait profondément à l’école depuis qu’elle avait 6 ans. Je l’ai sortie de l’école et elle a passé son jury central depuis la maison. C’était en fait la seule solution possible ! J’investis beaucoup d’énergie depuis des années pour que l’existence des enfants à haut potentiel soient enfin reconnue par les autorités publiques. C’est un combat très important pour moi et je mène un important lobbying en faveur de cette reconnaissance dans les écoles."


"C’est en 1re et 2e primaire que j’ai ressenti un décalage par rapport au reste de la classe"

JEREMY (26 ANS) DE BRUXELLES "Depuis que je suis tout petit, j’ai eu des facilités. Ma mère s’est donc très rapidement doutée que je pouvais être un enfant à haut potentiel. J’ai par exemple toujours été parmi les premiers de classe. Mais ma mère n’a pas voulu que je passe le test tout de suite. Je n’ai passé ce test que bien plus tard durant l’adolescence, quand j’avais 15 ans. Elle voulait absolument éviter que je sois perçu comme différent, que les résultats aient un impact sur la manière dont je vivais. J’ai finalement fait le test pour ma sœur qui était psychologue et qui avait besoin de faire passer un test. Cela s’est passé comme prévu et a confirmé que j’avais des facilités : je pouvais par exemple apprendre à jouer de la musique en quelques mois et avoir le niveau normalement atteint après des années. Cela a été le cas en deux ou trois mois avec le piano. Contrairement à la majorité des enfants à haut potentiel, j’ai bénéficié d’une grande capacité d’adaptation. J’avais un côté caméléon qui m’a permis de rester en contact avec de nombreuses personnes à l’école et de ne pas trop pâtir de la situation. J’ai ressenti un décalage en classe durant lequel j’étais même dernier de classe et j’avais l’impression d’être en marge, mais c’était juste en 1 re et 2 e année de primaire. Après je me suis adapté et j’ai compris ce qu’on attendait de moi."