Société

Le gouvernement français présentera "probablement avant la fin de l'année" le projet de loi pour condamner les "fake news" en période électorale, a déclaré jeudi le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Lors de ses vœux à la presse, le président français a déclaré qu'il souhaitait une loi pour s'attaquer aux "fake news" en période électorale. En cas de propagation d'une fausse nouvelle, cette loi permettrait selon lui "de saisir le juge dans une action en référé, de supprimer le contenu, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l'accès au site internet". "Vous avez des médias qui sont des médias de propagande, et non de journalisme, on pense à certains médias qui sont détenus par les gouvernements étrangers", a souligné M. Griveaux dans une allusion assumée aux médias publics russes RT et Sputnik, avec lesquels Emmanuel Macron a eu plusieurs démêlés lors de la campagne présidentielle. "Il n'est pas question évidemment de mettre un terme à la liberté et à ce qu'est la presse d'opinion" ou "de faire taire les oppositions", a assuré le porte-parole du gouvernement. "Mais qu'en revanche, on puisse disposer d'informations fiables et sourcées pour avoir un débat serein, ça me semble indispensable."

Deux porte-paroles du principal parti d'opposition Les Républicains (droite) ont vivement critiqué jeudi cette initiative. "Le Prince entend désormais régenter le métier de ceux qui doivent commenter, contrôler et borner le Prince. (...) Qui comprendra que cet homme, enivré de sa propre puissance, en repousse chaque jour, dangereusement, les limites ?", s'est demandé Gilles Platret sur Twitter. "Emmanuel Macron souhaite-t-il faire des journalistes des attachés de presse au service de son story-telling ? Cette proposition est dangereuse pour la liberté de la presse", a souligné Lydia Guirous, l'autre porte-parole, sur le même réseau social. Dès mercredi cette proposition avait été jugée "inquiétante" par la présidente du parti d'extrême droite Front national, Marine Le Pen.

Et la Belgique ?

Jean-Claude Marcourt, ministre des médias à la Fédération Wallonie-Bruxelles, est sur la même longueur d'ondes que le président français. C'est ce qu'a indiqué à LaLibre.be son attaché de presse, Gaël Lambinon. "Monsieur Marcourt  est conscient du fait qu'il faut combattre les fake news sans entraver la liberté d'expression qui est fondamentale. Il est d'accord sur le principe de limiter les fake news et plaide notamment pour des discussions au niveau européen."

La réflexion menée est en effet assez large, d'une part nationale, d'autre part européenne.

"Une des manières de lutter contre la désinformation en Belgique francophone est d'agir au niveau de la déontologie des journalistes, notamment via le Conseil de déontologie journalistique (CSJ)", souligne l'attaché de presse. Pour rappel, le ministre Marcourt a décidé de conditionner les aides à la presse au respect de la déontologie. Toutefois, il restera "les supports comme les réseaux sociaux qui, eux, ne sont pas soumis au régime des aides à la presse". Pour le ministre, il est donc également très important d'avoir un débat sur la modération sur les forums.

Au niveau européen, il s'agit principalement d'avoir des réflexions sur la manière dont il est possible de lutter contre les géants du net qui fournissent des espaces de diffusion aux fake news. "Que représente la Belgique francophone par rapport aux mastodontes du web et à leur puissance d'action? Il faut un mouvement international et donc européen là-dessus. Comment lutter contre la transmission et la diffusion des fake news sans avoir la main sur ces espaces de diffusion ? Cela ne sert à rien de faire passer des législations au niveau régional qui seront impraticables sur le terrain et n'auront pas d'effets réels".