Société Un astronaute belge en isolement total dans le désert de l'Utah

BRUXELLES Ce n'est pas demain qu'un astronaute posera le pied sur le sol martien. Les contraintes humaines et les écueils techniques sont tels que de très nombreuses années de recherches seront encore nécessaires pour espérer, un jour, atteindre cet objectif. Mais le défi n'est pas pour autant insurmontable.

"J'y crois dur comme fer", intervient le Dr Vladimir Pletser, astronaute belge, physicien, ingénieur depuis quinze à l'Agence spatiale européenne (Esa). "J'estime que nous y arriverons dans une vingtaine d'années. Nous devons préparer dès aujourd'hui cette échéance. C'est maintenant qu'il faut commencer à résoudre les problèmes, à se pencher sur les questions primordiales" En particulier par le biais de campagnes de simulation d'une mission martienne. Objectif: isoler un équipage de six personnes dans une base coupée du monde - comme si le groupe se trouvait sur Mars -, afin de conduire des expériences scientifiques (géologie, géophysique, biologie...), mais aussi observer la vie en groupe dans un milieu clos.

Durant l'été 2001, le camp avait été installé sur l'île de Devon, dans le grand nord arctique canadien. Vladimir Pletser - sélectionné parmi 250 candidats ingénieurs, scientifiques et spécialistes du spatial - en était déjà, avec neuf autres volontaires.

Cette année, direction les Etats-Unis, cap sur le désert de l'Utah, à quelques centaines de kilomètres au sud de la ville de Salt Lake City. "Cette seconde base a été inaugurée en décembre dernier", poursuit le Dr Pletser. "Des équipages de six personnes se relaient toutes les deux semaines, enfermés dans cet habitat martien, coupé du monde, hormis les liaisons avec le centre de contrôle, situé en Californie. Nous pourrons également communiquer avec l'extérieur par le biais des e-mails. Les sorties, destinées à explorer les environs comme s'il s'agissait de la surface martienne, se dérouleront en combinaison spatiale."

Vladimir Pletser est arrivé hier soir dans le no man's land. Sa mission s'étalera jusqu'au 21 avril. Il supervisera diverses expériences, parmi lesquelles la culture de... radis. Un concept important: pas question, évidemment de cultiver un lopin de terre à même le sol martien, ou d'élever poules et cochons au grand air. Les résidents devront assurer par eux-mêmes leurs apports alimentaires. Il est donc important de maîtriser à la perfection ces processus. "Nous allons également observer la manière dont l'équipage se comporte par rapport à ces plantes, l'impact psychologique de quelque chose de vivant au milieu du vide."

Cette campagne est soutenue par la Mars Society, une société internationale financée par des fonds privés, dont le but est de promouvoir l'exploration humaine de Mars. Les projets sont développés en collaboration étroite avec la Nasa. "Nous ne sommes pas là pour amuser la galerie", prévient Vladimir Pletser. "Ce programme est très sérieux, et vise des objectifs précis."

Durant les deux semaines à venir, notre astronaute partagera son... isolement avec cinq autres candidats, deux femmes et trois hommes. Quatre Américains et un Allemand. Une expérience passionnante, dont il nous relatera - en exclusivité - les épisodes chaque jour, jusqu'au terme de sa mission. "Ce que je souhaite, c'est faire partager des moments particulièrement intenses et inhabituels, de relancer l'intérêt pour la chose scientifique. Vous serez surpris. Et peut-être des vocations naîtront-elles parmi vos jeunes lecteurs. Qui sait si l'on ne trouvera pas, parmi eux, le premier homme à poser le pied sur Mars?".

Rendez-vous dès demain matin avec le carnet de bord quotidien de Vladimir.