Société Et si l'explication était tout simplement génétique?

La cigarette cause la mort de quarante personnes chaque jour en Belgique, soit près de deux par heure. Malgré ces statistiques alarmantes, beaucoup d'individus restent dépendants au tabac. Et tous ne sont pas égaux face aux addictions.

Mais d'où vient cette prédisposition de certains êtres humains à être attirés par la cigarette, par l'alcool ou par le cannabis? Pour la première, des chercheurs français disent avoir trouvé un élément de réponse. Dans cette étude, dirigée par Benoit Forget et Uwe Maskos (département des Neurosciences, Institut Pasteur de Paris), la thèse d'un gène "pro-tabac" est avancée.

Un gène "pro-tabac"

Il s'agit d'une mutation génétique présente chez 35% de la population européenne. Appelé CHRNA5 dans le jargon scientifique, le gène est en réalité la sous-unité α5 d'un récepteur nicotinique. Pour l'explication, ces mêmes récepteurs nicotiniques étant divisés en cinq "sous-unités". C'est sur ceux-ci, que vient se fixer la nicotine, déclenchant ainsi la sensation de bien-être commune aux fumeurs. Et vu que la consommation de tabac est fortement liée à la sensibilité de ces récepteurs, de la naît l'addiction.

Autrement dit, les chercheurs prétendent que ce gène muté est en mesure d'expliquer que certaines personnes soient dépendants à la cigarette. Les autres, non touchés par cette mutation, seront moins susceptibles de fumer, ou ne fumeront pas du tout. Mais la conclusion des chercheurs ne s'arrête pas là. Ce gène qui augmenterait le risque de dépendance au tabac, favoriserait également les risques de rechute.

Une étude sur des rats de laboratoire

Les chercheurs se sont appliqués à introduire le gène CHRNA5 au sein du génome de rats de laboratoire. Qu'ont-ils pu observer? Que la modification de la génétique du rat engendrait une plus grande consommation de nicotine à fortes doses, ainsi que des rechutes plus importantes.

D'autres études ont également démontré le lien entre addiction et génétique. "La diversité des origines des addictions – le plaisir apporté par une substance ou l’effet analgésique lorsqu’on est en souffrance –, comme de leur devenir – rechercher de nouveaux plaisirs par l’augmentation des consommations ou l’instauration de polyconsommations –, peut résulter de l’implication de différentes voies neurobiologiques", écrivent Nicola Ramoz et Philip Gorwood dans la revue Médecine/Sciences.