Quand est-on réellement mort ?

J. Legge et V. Van Vyve Publié le - Mis à jour le

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La mort est-elle à échelle variable ? L'ambiguïté permet-elle de jouer sur le statut de mort ?

BRUXELLES La question peut sembler naïve. Détrompez-vous ! Entre coma, état végétatif, mort clinique et mort cérébrale, on s'y perd.

Les autorités égyptiennes annonçaient l'ancien Raïs en état de "mort clinique". "Entre la vie et la mort", il se dit qu'il serait en fait dans le coma... De l'autre côté du Sinaï, Ariel Sharon est depuis des années déclaré en "état végétatif chronique", n'étant maintenu en vie qu'à l'aide d'une assistance technologique. Que cela signifie-t-il ? La mort est-elle à échelle variable ? L'ambiguïté permet-elle de jouer sur le statut de mort ? LaLibre.be tente d'y voir plus clair avec Jacques Berré, chef des soins intensifs à l’Hôpital Erasme.

Quelle est la définition de la mort ?

Il y a deux définitions. La première, la plus traditionnelle, est d'origine cardiaque, lorsque le pouls ne bat plus. La seconde, qui remonte seulement aux années 1960, est la mort cérébrale, aussi appelée "coma profond", lorsque, suite à un traumatisme, le cerveau est détruit. A l'instar des réflexes et de la respiration, il ne fonctionne plus, parce qu'il n'est plus perfusé. L'individu est alors artificiellement maintenu en vie grâce à des moyens mécaniques et médicaux (maintien de la respiration et de la pression artérielle). Par contre, dans ce second cas, les organes sont encore fonctionnels. L'absence d'activité cérébrale signifie en fait la mort de l'individu. C'est ce que nous essayons souvent de faire comprendre aux familles...

On sait maintenant ce qu'est la mort cérébrale. Quelles distinctions faire entre les termes souvent entendus de "coma", "état végétatif chronique" et "mort clinique" ?

Notons tout d'abord que le terme de "mort clinique" n'existe pas ! On ne peut pas dire d'un individu qu'il est "presque mort". La mort clinique signifie donc la mort tout court.

Pour distinguer les autres, il faut se situer en quelque sorte sur un continuum d'états, qui se différencient notamment par le niveau de conscience de l'individu.

L'état d'inconscience (ndlr : la capacité de l'individu d'entrer en communication avec l'autre et la conscience qu'il a de sa propre existence) définit l'état végétatif et le coma. Un individu dit "en état végétatif", à la différence de la personne comateuse qui a les yeux constamment fermés, est en état de veille ; il peut avoir des cycles de sommeil et d'éveil, faire des mimiques, pousser des cris. Il a une activité cardiaque.

Au sein même de cet état qui s'apparente à un végétal, dit de manière pessimiste, existent deux catégories. Au-delà d'un mois, on parle d'état végétatif persistant. S'il se prolonge, on dira qu'il est permanent et irréversible. Les cas de réveil constituent ici de très rares exceptions. Notez cependant que l'état végétal peut être, aussi, un état de transition vers la conscience. Souvent, des handicaps en seront cependant les stigmates.

Dans quels cas peut-on envisager le don d'organes ?

On envisagera le don d'organe dans les deux cas de morts, cérébrale ou cardiaque. Mais puisque, dans ce second cas, les organes fonctionnent encore, on privilégiera les organes vitaux qui proviennent de ces personnes décédées.

Dans ces circonstances, alors que la frontière est si ténue entre l'état de conscience et d'inconscience, à quelles moments peut-on envisager l'euthanasie ?

En Belgique, l'euthanasie est légale (comme aux Pays-bas et au Luxembourg) et accompagnée d'un cadre légal extrêmement strict. Au moment de la demande, le patient doit être conscient, en pleine possession de ses moyens intellectuels, dans un état de souffrance physique, psychique et morale sévère et irréversible. Tous les moyens de guérisons doivent par ailleurs avoir été épuisés. L'euthanasie est primordiale dans le droit de l'individu à l'autonomie.

© La Dernière Heure 2012

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