Société

Laxisme des patients qui ont souffert d'un trouble du coeur

BRUXELLES Les spécialistes les qualifient de pathologies réfractaires ; un terme qui regroupe un éventail de maladies dont la fréquence résiste aux avancées thérapeutiques. En d'autres termes, malgré les progrès de la médecine, elles frappent encore un nombre trop important d'individus.

Il en va ainsi des troubles cardiovasculaires première cause de décès dans les pays occidentaux , dont la prise en charge a pourtant bénéficié, ces dernières décennies, de progrès considérables, que ce soit sur un plan préventif ou curatif. Question: les patients, mais aussi le corps médical, ne portent-ils pas une part de responsabilité importante dans cette difficulté à réduire l'impact de ces maladies?

C'est à cette interrogation qu'a voulu répondre (dans une certaine mesure) l'étude Euroaspire II, réalisée en 1999-2000 et dont les résultats seront prochainement publiés par la presse médicale internationale (et qui seront partiellement discutés, ce samedi, dans le cadre d'un symposium organisé par le Centre de médecine générale de l'ULB). L'un des coordinateurs de cette enquête est un cardiologue belge, le Pr De Backer, attaché l'hôpital universitaire de Gand.

Objectif: déterminer dans quelle mesure quelque 5.500 patients européens ont modifié leurs habitudes de vie quatre mois après avoir été hospitalisés suite à un pontage coronarien, à une angioplastie (déboucher une artère), un infarctus ou encore une angine de poitrine.

Résultats? Catastrophiques. Ainsi et ces chiffres collent à la situation en Belgique 21% des patients continuent à fumer, 81% affichent une surcharge pondérale (33% sont obèses!), 61% restent physiquement inactifs, 50% présentent une pression sanguine trop élevée (hypertension sévère pour 25%), 59% souffrent d'excès de cholestérol, alors que plus des deux-tiers ne bénéficient pas d'une thérapie médicamenteuse adéquate. Autrement dit, bilan désastreux en ce qui concerne les facteurs de risque cardiovasculaire majeurs.

Pire: par rapport à Euroaspire I (la même étude, conduite cette fois en 95-96), on enregistre, au mieux, un statu quo; à l'exception de l'administration de médicaments, qui enregistre une évolution certes insuffisante, mais positive.

`Ce constate dégage des enseignements fondamentaux en matière de prévention des troubles cardiovasculaires´, souligne le Pr De Backer. Double cible: 1°) les patients, qu'il faut convaincre contraindre de modifier leurs comportements 2°) les médecins, qui doivent exercer, sur ce plan, un contrôle beaucoup plus rigoureux. Le défi est d'envergure.