Société La réduction de 40 % du salaire à partir du 31e jour d’arrêt maladie les concerne également

Le cabinet du ministre de la Défense, Steven Vandeput, a confirmé que la mesure relative à la réduction de 40 % du salaire à partir du 31e jour d’arrêt maladie sera également appliquée pour les militaires.

Mais aucun détail sur les modalités d’application de cette mesure n’a été donné. " On peut donc se demander ce qu’il en est pour les accidents de service, les maladies lourdes (telles que le cancer, la sclérose en plaques…), les accidents sur le chemin du travail, les maladies professionnelles ", s’interroge Dimitry Modaert, dirigeant responsable du SLFP-Défense. Alors qu’un militaire ne peut épargner de capital-maladie durant sa carrière, l’heure en est aux interrogations dans les rangs de l’armée.

C’est le cas de Marc (*), qui après 30 ans de carrière dans l’armée et un peu plus de dix missions à l’étranger au sein du génie de combat, s’inquiète de cette mesure qui devrait entrer en vigueur début 2019. " Cette réforme fait peur. Les conséquences peuvent être dramatiques pour le militaire sur le plan social mais aussi pour sa famille. Imaginez que sa compagne ne travaille pas. C’est le risque de plonger tout un foyer dans la précarité. Je suis tout à fait opposé à cette mesure qui est ingrate envers les militaires et injuste par rapport à son statut et ses responsabilités. J’espère que l’état-major sera derrière nous et que ça ne se fera pas ."

À titre d’exemple, un militaire qui débute en bas de l’échelle gagne environ 1.500 euros net. "Alors, imaginez s’il se blesse en mission ou lors des tests physiques annuels, qui sont intenses et relevés. Eh bien, il se trouvera dans une situation délicate financièrement."

Après une mission à l’étranger où il a été contaminé et a contracté un cancer, " car la Défense n’avait pas étudié de près le lieu où nous nous rendions ", ce militaire en fin de carrière a dû subir de nombreuses opérations. " Depuis, j’ai perdu plusieurs organes, j’ai été prépensionné et je suis toujours suivi de près. Donc à l’avenir, si la mesure est appliquée, je vais vraiment commencer à me demander si je continuerai à prendre des risques au quotidien. Je ne suis plus très sûr de sauter du haut d’un mur si on me le demande".

Pour le syndicat SLFP-Défense, aucune profession en Belgique n’est confrontée à de tels risques majeurs de sécurité, " aussi bien malheureusement évitables pour des raisons organisationnelles ou d’économie qu’inévitables compte tenu de la spécificité du métier de tout militaire", détaille Dimitry Modaert. Pour Marc, c’est le statut du militaire et la spécificité du métier qui doivent être pris en compte. " Les employés du secteur civil pourraient penser, à juste titre, que les militaires doivent passer à 60 % comme eux en cas d’arrêt maladie au bout d’un mois, mais il faut savoir qu’on ne leur demandera jamais du jour au lendemain de partir pour un pays en guerre ou dans une zone qui a subi une pollution chimique."

(*) Prénom d’emprunt

"Quel militaire acceptera de sauter en parachute ?"

Si le projet a été annoncé pour début janvier par le gouvernement, le contexte final n’est pas encore connu

Dans une note interne partagée sur Twitter par le chef de la composante terre, le général Marc Thys, l’état-major de la Défense explique " qu’il y a encore beaucoup d’ambiguïtés dans ce dossier et que jusqu’à ce stade il n’existait encore aucun texte légal ou réglementaire à ce sujet et que les militaires devraient adhérer au futur système de la fonction publique. Le communiqué poursuit en indiquant que dès qu’il y aura plus d’information disponible concernant la nouvelle réglementation, l’état-major mettra tout en œuvre afin d’apporter de la clarté le plus vite possible".

Dans sa communication, l’état-major de la Défense a confirmé que cette mesure était une conséquence du conclave budgétaire du gouvernement pendant le mois de juillet, et que le but premier était "d’éviter l’épargne des jours de maladie " de manière à terminer plus tôt sa carrière professionnelle, indiquant que "le nouveau système ne peut pas être appliqué tel quel aux militaires ".

En tout cas, le temps presse et les négociations devront être rapidement menées entre les différentes parties d’ici janvier pour qu’une telle mesure soit appliquée, ce qui paraît mal embarqué.

De plus, ce nouveau dossier capital-maladie s’additionne à d’autres tels que les pensions, l’implémentation de la vision stratégique 2030, qui ont l’air d’avoir un impact sur l’état d’esprit des militaires.

"De ce fait, quel militaire ou futur militaire acceptera encore de sauter en parachute, d’effectuer une piste d’obstacles, d’être exposé à des produits dangereux ou encore de parcourir des centaines de kilomètres vers sa caserne… Pour être ainsi remercié ? " rétorque Dimitry Modaert, dirigeant-responsable du syndicat SLFP-Défense.