Société Premiers pas dans la station martienne du désert de l'Utah

SALT LAKE CITY Salutations martiennes, Terriens!

Mon nom est Vladimir Pletser et j'ai la chance de participer à une campagne internationale de simulation d'une mission martienne. Je vous tiendrai informés, chaque jour, par le biais de La Dernière Heure - Les Sports, de notre travail scientifique et de nos progrès quotidiens dans cette base.

Nous y sommes! C'est notre premier jour dans la Station de recherche martienne du désert, plus connue sous son sigle anglais MDRS pour Mars Desert Research Station. C'est un endroit incroyable dans un environnement fantastique, au milieu du désert de l'Utah, à quelques centaines de kilomètres au sud de Salt Lake City. C'est la deuxième des quatre stations que la société martienne (The Mars Society) projette d'établir à travers le monde. La première a été installée il y a deux ans sur l'île déserte de Devon dans le cercle polaire canadien et elle a servi à la première campagne internationale de simulation pour laquelle j'avais été sélectionné. La troisième station ira en Islande en 2003 et une quatrième dans le désert australien.

Ces endroits reculés ressemblent par certains aspects à ce qu'on pourrait s'attendre à trouver sur la planète Mars - en terme de conditions climatiques, géologiques ou biologiques -, suffisamment pour y conduire des expériences scientifiques analogues à celles qui seraient dévolues à un équipage martien. L'idée est d'utiliser ces environnements extrêmes pour démontrer qu'une mission habitée sur Mars est faisable et qu'un équipage humain peut vivre en autonomie a l'intérieur d'une station (appelée familièrement Hab) spécialement conçue pour ressembler à une future première base habitée sur la planète Mars.

A notre arrivée, nous avons rencontré l'équipage précédent, partagé entre la tristesse de quitter cette base et le plaisir de rejoindre la civilisation. Après nous être fait expliquer les derniers détails de la mission, quelques réparations nous attendaient. La serre à côté de l'Hab avait souffert sous les vents violents des derniers jours et la porte est maintenant réparée. Un nouveau générateur a été installé et fonctionne sans interruption.

Nous avons ensuite eu une longue session de réflexion sur les modalités de cette simulation et comment les différentes tâches domestiques seraient partagées entre les six participants. Cela va depuis faire la cuisine et nettoyer la vaisselle jusqu'a vérifier l'alignement de notre antenne satellite et remplir la réserve d'eau. Ce qui m'a impressionné le plus aujourd'hui, c'est l'importance attachée à l'organisation méticuleuse de l'enregistrement et l'archivage des échantillons, et l'enthousiasme et la volonté des membres de cet équipage. Il est vrai que depuis plus de trois mois que cette station existe, une quantité impressionnante de résultats sur la biologie et la géologie locales et des expériences de géophysique a été engrangée et les échantillons s'accumulent dans le labo du rez-de-chaussée.

Dès ce soir, nous entrons en isolement. Ce qui veut dire nous ne pourrons plus sortir, sauf en portant des scaphandres!

Nous avons eu la chance de pouvoir faire un tour sur les véhicules tout terrain que nous utiliserons lors de nos expéditions. Ces véhicules sont des quads, ou ATV, sorte de moto tout terrain à quatre roues. Ce tour au coucher du soleil était extraordinaire, puisqu'il a fait ressortir tous les tons de rouges, jaunes et verts des canyons environnants.

En avant, Mars !

Un long voyage vers la base

Des provisions pour tenir un siège d'un mois!

SALT LAKE CITY Arriver jusqu'au coeur du désert de l'Utah a pris à peine plus de 24 heures. Comme j'habite et je travaille aux Pays-Bas, je suis parti d'Amsterdam samedi matin et suis arrivé à Atlanta samedi soir après 9 heures de vol. J'y ai attendu deux heures la connexion pour Salt Lake City et j'ai été choisi au hasard pour une vérification de sécurité. Même mes chaussures ont été vérifiées! Mais il est vrai que la sécurité passe avant tout!

Quatre heures de vol seront nécessaires pour arriver à Salt Lake City, où m'accueille Bill Clancey, un spécialiste en ordinateurs de la Nasa, avec qui j'ai passé une semaine dans la base de l'île de Devon l'année dernière et qui sera notre commandant pendant cette simulation, et Andréa Fori, une géologue californienne. Le reste de l'équipage est en train de faire les dernières courses dans un supermarché local. Nancy Wood, une biologiste de Chicago, David Real, journaliste de Dallas, et Jan Osburg, un ingénieur aérospatial de l'Université de Stuttgart, ont rempli trois chariots avec les dernières provisions de conserves, de légumes et fruits, de viande... Suffisant pour soutenir un siège de plus d'un mois dans notre base martienne!

Nous avons fait les quelques centaines de kilomètres restants en voiture et sommes arrivés tard dans la nuit a Hanksville, un petit village au croisement de deux routes, pas trop loin de notre base martienne. Cette région était le lieu des exploits de Butt Cassine à une certaine époque.

Nous avons finalement accompli les derniers kilomètres a travers les paysages les plus grandioses de l'Ouest américain pour arriver à notre destination finale pour les prochaines deux semaines. L'environnement a tellement un aspect extra-terrestre que le réalisateur J. Cameron a envisagé de venir tourner quelques scènes de ses films de science-fiction.