Société

Le secteur de la santé publique est lui aussi très exposé à la fraude

BRUXELLES À la tête du Réseau européen de lutte contre la fraude et la corruption en santé, Paul Vincke estime que, chaque année, la Belgique perd environ 270 millions d’euros à cause de la fraude et des erreurs – volontaires ou non – en matière de soins de santé. Soit 1 % du chiffre d’affaires annuel. Sur le plan européen, l’estimation grimpe à 56 milliards d’euros. Alors, c’est grave Docteur ?

Comment arrivez-vous à sortir un tel chiffre ?

“L’exercice a été réalisé avec l’un de nos partenaires en 2009. Ce montant est discutable, on le sait bien. Mais l’on part du principe que la perte concerne 1 % des dépenses de santé. En Belgique, cela fait 270.000 euros.”

D’où vient, précisément, ce manque à gagner ?

“Il y a deux grands volets : les factures injustifiées, pas conformes à la réalité ou les prestations de soins non effectuées et les prestations non conformes à la législation. Pour ce dernier point, l’astuce est de découvrir s’il s’agit d’une erreur volontaire ou non.”

Quelle stratégie développe la Belgique ?

“À l’instar de la France ou du Royaume-Uni, l’objectif de la Belgique est de récupérer un maximum d’argent, plutôt que d’ester en justice. Les montants récupérés sont transférés à l’assurance-maladie. Sur 2009-2010, on a ainsi récupéré 20,2 millions d’euros.”

La tendance à la surconsommation de médicaments et/ou de soins est-elle aussi problématique en Belgique qu’en France ?

“Oui. Chez nous comme en France ou aux Pays-Bas, on estime que 30 % des pertes sont dues à une surconsommation de soins de santé et au gaspillage : trop de prescriptions inutiles, inefficaces – voire dangereuses dans certains cas – notamment.”

La prise de conscience est-elle européenne ?

“La Belgique peut se considérer comme une excellente élève, notamment grâce à ces cellules multifonctions et au croisement des données. Mais il y a un grand nombre de pays en Europe où, au moins au niveau de la santé publique, le gouvernement ne prend pas d’initiative pour combattre la fraude et corruption. La Serbie, la Grèce, la Roumanie, la Bulgarie, même l’Italie n’ont toujours pas compris l’enjeu.”

Peut-on parler de corruption généralisée ?

“La Serbie, par exemple. D’un côté, ils font des déclarations impressionnantes devant la Commission européenne et la presse. En pratique, je ne dis pas que rien ne se passe, les résultats sont nuls. Dès qu’on va en justice, il ne se passe rien du tout. Corruption généralisée ? Je crois que l’on peut parler de corruption généralisée, oui. La corruption est tellement institutionnalisée que c’est hermétique. On ne sait pas changer les choses.”



© La Dernière Heure 2011