Société

“Non ! Je ne le hais pas !” précise-t-il

BRUXELLES Depuis qu’il a épousé Fanny Remi, la veuve de Hergé, l’Anglais Nick Rodwell gère le patrimoine et l’image de Tintin. Ce n’est un secret pour personne : l’affaire ne lui a pas valu que des amis.

Ses relations avec Stéphane Steeman, admirateur du dessinateur qu’il a connu, collectionneur devant l’Éternel et fondateur du club des Amis de Hergé dont il fut le président jusqu’au début de cette année, sont passées par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel à ce point que le fantaisiste belge consacre tout un livre à son pire ennemi. Un livre qui s’intitule L’escalade (éditions Azimuts). Et qui ne sera vendu que via Internet.

En quelque sorte, c’est votre marotte de détester cet homme ?

“Je ne hais pas Nick Rodwell ! Nos relations ont été difficiles mais au moins, lui, ne m’a jamais trahi. Je n’ai à son égard aucune haine ni aucun dégoût. Par contre, j’ai de la tristesse. Je trouve qu’il est quand même extraordinaire d’être devenu aussi impopulaire en gérant le personnage le plus populaire qui soit.”

Pourquoi sortir ce livre maintenant ?

“Je l’ai commencé voici quinze ans. Mais je ne pouvais pas le sortir tant que j’étais le président des Amis de Hergé. Après avoir démissionné, j’étais enfin libre de le finir. Je dois dire que ce livre me libère un peu parce que, comme je l’écris, je hais l’injustice. Mais précisément, pour la même raison, dans deux cas précis, j’ai pris la défense de Nick Rodwell.”

Dans quels cas ?

“À l’époque des 175 ans de la Belgique, l’exposition Made in Belgium a failli se faire sans la moindre présence de Tintin. Dans la rue, les gens m’abordaient en disant : “Faites quelque chose, M. Steeman.” Je trouvais que, dans cette affaire, Rodwell n’avait pas tort. Je suis intervenu. J’ai pu sauver la situation. Cette fois-là, Rodwell a dit que j’avais été un gentleman. L’autre affaire est celle de la caméra cachée de la RTBF. Le principe d’une caméra cachée est d’obtenir l’autorisation de la personne avant diffusion. Cela me semble honnête.”

Que lui reprochez-vous, principalement ?

“Mon livre fait près de 200 pages ! Et 67 chapitres ! Où j’enrobe les anecdotes d’un peu d’humour, à ma façon. Le plus dur, c’est quand il s’en est pris à des journalistes qui avaient critiqué le musée Hergé en parlant des enfants autistes de ces journalistes. À titre personnel, ce qui m’a fait le plus mal est d’avoir été censuré à la RTBF, où j’ai travaillé pendant 40 ans, et d’avoir été empêché de rendre un hommage à Hergé dans une émission qui lui était consacrée. C’était mon retrait de l’émission ou le refus de céder gratuitement des vignettes de Tintin. J’assimile ça à du chantage !”

Stéphane Steeman, L’escalade , Éditions Azimuts, www.editionsazimuts.be.



© La Dernière Heure 2009