Société Le livre Psychologie de la Connerie se penche sur la connerie, qui sévit aussi dans les bureaux et c’est très sérieux.

Le rédacteur en chef de la revue Le Cercle Psy, Jean-François Marmion, a décidé de se pencher sur un des maux les plus anciens, qui ignore les frontières et les remèdes : la connerie humaine. Une maladie qui sévit aussi dans les bureaux…

Pour mener à bien cette tâche, l’auteur a fait appel à une trentaine de scientifiques prestigieux : Boris Cyrulnik, neuropsychiatre vedette, Dan Ariely, facétieux docteur en économie comportementale du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Aaron James, très sérieux professeur de philosophie à l’Université de Californie et auteur reconnu d’un marquant Assholes : a Theory (Connards : une théorie), pour ne citer qu’eux.

Ces spécialistes en détection de "connerie humaine" ont donc ausculté ce mal contagieux, qui traverse les siècles.

En guise d’introduction, l’auteur explique que la connerie "nous touche au quotidien. Nous en souffrons tous, que ce soit de notre propre connerie ou de celle des autres. On peut être con par maladresse, par ignorance, et là ce n’est pas bien grave. Mais on peut aussi être un con intelligent".

Et on peut aussi être un "sale con" et essayer de profiter du peu de pouvoir qu’on a pour nuire aux gens qui sont sous notre coupe. "Mais globalement, le talent du con, c’est sa capacité à nous pourrir la vie", poursuit-il. Et l’entreprise, un exemple de lieu social par excellence, n’est pas exempte de ce fléau. "On peut même dire que c’est là qu’il se déploie avec le plus d’aisance", précise l’auteur.

Pour le psychiatre et spécialiste des thérapies comportementales et cognitives Jean Cottraux, le connard en entreprise jouit "de la soumission et de la souffrance des autres, et fait carrière pour assouvir sa passion pour l’humiliation".

Mais alors, comment repérer les plus "cons" au boulot ? "Bien souvent, sa suffisance l’emporte : la connerie demeure basée sur l’arrogance, l’intolérance et les certitudes bouffies, même si elle prend aujourd’hui de nouvelles formes pour s’exprimer", constate Jean-François Marmion.

Selon lui, la "connerie" sait se déployer dans les dynamiques de groupes et dans la hiérarchie : on apprend ainsi qu’un degré élevé d’obéissance peut également conduire à des catastrophes, "comme une fuite dans une centrale nucléaire japonaise ou un crash d’avion. Et que les séances de brainstorming de groupe font naître plus de conneries que d’idées lumineuses".

Robert Sutton, professeur de management de Stanford, a fait un carton en édition avec un livre sur le sujet : Objectif Zéro Sale Con, dans lequel il livre cinq méthodes pour repérer les cons dans l'entreprise et éviter leur prolifération. Petit rappel de ce guide de survie pour se protéger des "cons" au boulot:

1) N'embauchez pas de cons : Le meilleur moyen d'éviter que la connerie ne gangrène l'entreprise, c'est d'éviter d'y faire entrer des cons. Mieux vaut, pour cela, éviter de confier le recrutement à un con! Robert Sutton suggère d'impliquer à la place des "gens civilisés". Il ne dit pas, cependant, où les trouver…

2) Identifiez les cons à coup sûr : Robert Sutton liste "douze vacheries quotidiennes " qui permettent de les identifier et qui vont d'insultes personnelles, aux menaces et autres intimidations, en passant par les remontrances publiques et les attaques hypocrites. Réfléchissez bien...

3) Limitez leur pouvoir de nuisance. Réduire les frontières hiérarchiques (et les écarts de salaires) permet de limiter leur sentiment de pouvoir. Finies les superstars !

4) Ne devenez pas vous-même "sale con". Tous les membres d'un système social, que ce soit une entreprise ou n'importe quelle autre organisation, sont des "sales cons" en puissance. Un peu de bienveillance envers ses collègues, qui ne sont pas des concurrents, une dose de détachement devant son rôle et beaucoup de coopération, peuvent changer l'ambiance d'une entreprise.

5) Éloignez-vous des cons. Le meilleur moyen, explique Robert Sutton, de ne pas être contaminé par la connerie de quelques-uns, "c'est de vous en tenir aussi éloigné que possible". Si c'est impossible, et que c'est l'entreprise toute entière qui est atteinte, il ne reste qu'une solution : changer de boîte.