Exclusif: pas d’affaire de plagiat en vue.Mais une réflexion sur le droit d’auteur

DROIT D’AUTEURMONS Vous ne connaissez peut-être pas l’artiste montois Ehma. Mais si vous écoutez son morceau Prélude sur YouTube, la mélodie vous rappellera certainement quelque chose. En effet, l’air joué au piano ressemble très fort au tube d’Adele, Someone like you.

Y a-t-il du plagiat dans l’air ? Des musiciens ont donné leur avis. Certains estiment que la simplicité des accords arpégés en fait une mélodie trop commune que pour en revendiquer une quelconque paternité. D’autres en revanche y trouvent une similitude troublante. Les oreilles non averties seraient tentées de se rallier à ce dernier avis.

L’affaire ne risque pas en tout cas de prendre le chemin des tribunaux. Car Ehma, de son vrai nom Emmanuel Codden, estime que le droit d’auteur dans sa version actuelle est totalement dépassé. “Lorsque je publie mes travaux musicaux, c’est comme si je livre une partie de moi-même”, explique l’artiste. “C’est une invitation à m’accepter tel que je suis. Il se peut, par bonheur, qu’une personne accepte cette invitation et décide même de reprendre l’histoire à son tour pour la réinterpréter.”

C’est cette démarche qui a poussé Ehma à faire de la musique sous licence libre. Le Montois a ainsi collaboré avec des plateformes alternatives dont certaines ont troqué l’enthousiasmant idéalisme des débuts contre un pragmatisme commercial pas vraiment révolutionnaire.

Des chansons d’Ehma se sont ainsi trouvées diffusées dans des supermarchés, des ascenseurs et même sur le répondeur du Forem ! Son Prélude a quant à lui été repris dans un DVD accompagnant un ouvrage sur le Palais Chaillot à Paris. Peut-être le compositeur d’Adele aurait-il découvert le morceau d’Ehma au détour d’une visite dans la Ville-Lumière ? Le DVD publié en 2006 par Actes Sud prouve en tout cas qu’Ehma en a eu l’idée en premier.

Mais le Montois ne compte pas chercher des poux dans la belle chevelure rousse d’Adele. “Je ne connaissais pas cette chanteuse”, avoue Emmanuel Codden. “Quand mon frère m’a fait écouter son morceau, j’étais paniqué, car je me suis dit que je l’avais peut-être reproduit inconsciemment. Heureusement, les dates plaident en ma faveur. Mais ça peut arriver à n’importe quel musicien de plagier inconsciemment. C’est aussi pour ça que le droit d’auteur tel qu’il existe aujourd’hui est dépassé.”

Le Someone like you d’Adele ne risque donc pas de connaître le même sort que le Frozen de Madonna. Emmanuel Codden ne court pas après les royalties. “Mais si cette mésaventure pouvait amener à faire réfléchir sur la notion de propriété intellectuelle, ce serait déjà pas mal”, conclut le musicien.

G. La.