Le film de leur vie est celui des Intouchables. Hier champions de motocross, aujourd’hui champions de l’optimisme. Une leçon !

La grande bâtisse blanche, plantée à la sortie de Huy, resplendit dans la clarté de cette première journée printanière de l’année. Les pelouses sont impeccables, les haies s’alignent, droites et taillées au cordeau. La porte de la cuisine est ouverte et Dédé, sanglé dans son fauteuil électrique, le pull sur les épaules, y prend le soleil, sourire aux lèvres.

André Malherbe, un de nos plus brillants champions du monde de motocross qu’une ridicule chute au Dakar engonça définitivement dans ce fauteuil un jour de janvier 88 ! Il peut juste bouger la tête. Mais cela lui suffit pour conduire, pardon, piloter son fauteuil dans tous les sens avec cette même dextérité qu’il appliquait au temps de sa gloire sur les circuits.

L’éclat de nos retrouvailles suffit à attirer le grand Laquaye qui surgit d’une pièce voisine. Égal à lui-même, le Jean-Claude, toujours aussi rigolard. Ces deux-là sont indissociables. Non pas par la force des choses, mais par l’amitié de toute une vie. “Je lui avais dit qu’il ne devait pas aller voir le film, attaque-t-il d’emblée. C’est à 80 % notre histoire, ce que nous vivons au quotidien. Les mêmes scènes se répètent.” Et Dédé d’embrayer : “Nous aussi, on a fait le coup de foncer en voiture à 200 km/h soi-disant vers un hôpital. Plus d’une fois, d’ailleurs ! Nous non plus, on ne rate jamais une occasion de rigoler, même si je trouve qu’avec l’âge Jean-Claude est devenu un peu plus grigneux.”

“Et toi alors, tu ne t’es pas vu !”

La réplique a fusé comme dans un vieux couple. “Fondamentalement, reprend Dédé, tout fier d’avoir taquiné son complice, notre histoire est différente. Je ne l’ai pas sorti des Assedic et d’une vie sédentaire. Notre complicité remonte à notre enfance. Nous avons grandi ensemble, nous avons eu le même centre d’intérêt, le même métier. Nous allions nous entraîner ensemble.”

Une amitié que l’accident allait rendre plus indéfectible encore. “Il a toujours été là, poursuit Dédé. Pendant les deux premières années, tous les jours il est venu à l’hôpital. À ma sortie, il était là. Lorsqu’il a fallu que je reprenne des forces, il m’a encouragé, remis dans le train-train quotidien. À propos, Jean-Claude, passe-moi un peu d’eau sur le visage. J’ai trop chaud.”

“Je serai toujours là, précise le Grand tout en s’exécutant. J’habite à cinq minutes d’ici. À toute heure du jour ou de la nuit, s’il a un souci, je suis vite à ses côtés !”

Jamais de dispute ? “Parfois des querelles de gamin, mais on n’en arrive jamais aux mains, hein André !” “Quand il m’emmerde, je lui roule dessus avec mon fauteuil !”

Philippe Borguet

Tétraplégique, Dédé peut compter sur Jean-Claude Laquaye, son ancien rival de motocross.bauweraerts

Icône des années 1980, Dédé fut 3 fois champion du Monde 500 cm3 (1980, 1981 et 1984) et 3 fois vice-champion (1983, 1985 et 1986)D.R.