Trois escrocs ont été arrêtés vendredi. Ils attirent leurs victimes avec le paiement d'une partie du bien en noir...

BRUXELLES Vous avez un bien d'une valeur de plus de 300.000 euros à vendre. Alors attention, vous êtes une des cibles privilégiées d'une bande de malfrats - des gitans - qui sévit en Belgique. Vu l'efficacité de l'arnaque - ils emportent en moyenne 30 % du bien -, connue sous le nom de rip deal, les escrocs agissent partout où cela fonctionne. En Belgique, mais aussi en France, au Luxembourg, en Espagne, en Italie en Suisse... Trois malfrats viennent d'être arrêtés par la police fédérale en flagrant délit à Schaerbeek.

La technique utilisée est d'une simplicité déconcertante. Tout commence par une annonce de particulier à particulier à propos d'un bien estimé à plus de 300.000 euros. Un acheteur vous contactera. Charmant, il vous expliquera que votre maison l'intéresse. Souvent pour lui et sa famille. Mais parfois, il explique que son patron lui a demandé de s'occuper de la transaction.

Un premier indice devra vous mettre la puce à l'oreille : il ne négocie pas le prix et surtout, il souhaite que tout se passe très vite, sans même une visite. Pourtant, au lieu de se méfier, le vendeur, fou de joie, de vendre sa maison si vite est prêt à sabrer le champagne... Il ne devra pas car dans quelques jours, il sera plumé de plus de 30 % de la valeur de son bien.

Dès le vendeur mis en confiance, l'escroc va passer à la phase d'attaque. Il va demander si son interlocuteur est prêt à faire du noir. Il y a de fortes chances pour qu'il dise oui... L'arnaqueur va alors lui proposer un deal : comme il doit, lui ou son patron s'il agit en son nom, défiscaliser une partie de ses revenus, il va lui demander d'échanger des billets suisses en euros.

À ce moment-là, le vendeur a tout le loisir de refuser mais l'appât du gain, une partie de la vente de la maison en noir sans passer par la case notaire, est parfois tentant...

Et voilà pourquoi entre autres, les victimes comprenant qu'elles ont été la cible d'une escroquerie ont peur de déposer plainte ! Les malfrats sont ainsi quasiment certains de pouvoir agir en toute impunité !

Dès l'accord passé, les escrocs vont faire le grand jeu. À chaque fois, les rencontres vont se faire dans des hôtels de luxe de Bruxelles. Parfois même à Rome, à Barcelone, à Genève. Le vendeur ne se méfie pas puisque son acheteur se charge de tout, y compris le paiement de l'avion si nécessaire. Mais ce n'est que de la poudre aux yeux pour mieux agir par la suite...

Et la suite, c'est l'échange des euros contre les francs suisses. Parfois, il se fait sans violence, un simple échange de mallette. L'acheteur montre les billets de 1.000 francs suisses. Enfin, il montre ceux qu'il veut bien. C'est-à-dire le premier et le dernier. Au milieu de la liasse, il n'y a que des pâles photocopies. Sur certains, on peut même lire la mention : chocolat suisse !

Lorsque l'acheteur est parti, il est trop tard pour le vendeur. Ses euros, des vrais eux, sont déjà loin !

Parfois les malfrats ne se donnent pas la peine de préparer des fausses liasses. Dès que leur pigeon a exhibé les milliers d'euros, ils arrachent la mallette et prennent la fuite...

Emmanuelle Praet

Les victimes d'arnaques immobilières auront sans doute un peu moins de réticences à parler en apprenant qu'un célèbre animateur de jeux télévisés, Julien Lepers, a lui aussi été plumé de 325.000 euros. (bauweraerts)