Belliraj tuait pour A. Nidal

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Deux "dégâts collatéraux"

BRUXELLES Trois des six assassinats de Belliraj à Bruxelles en 1988 et 1989 ont été exécutés personnellement par Belliraj, pour le compte d'Abou Nidal, l'homme des attentats de Munich en 1972 qu'il a rencontré au Liban dans un camp à Saïda, au sud de Beyrouth. Sous ses ordres, une cellule tueuse de six hommes fonctionnait en Belgique, qui a signé les trois autres meurtres à Bruxelles. Interrogé par les Marocains, Belliraj a balancé les 5 autres membres du commando, qui pourraient toujours se trouver en Belgique et ne sont en tout cas pas arrêtés. Belliraj était payé "200 à 300 dollars" pour "trouver des cibles juives et les liquider". Il est en aveux au Maroc d'avoir personnellement exécuté le grand médecin d'Érasme Jo Wybran le 3 octobre 1989 à Anderlecht, l'ex-adjudant Raoul Schouppé le 23 juillet 1988 et le Koekelbergeois Marcel Bille le 15 août 1988, ce dernier (dixit Belliraj au Maroc) "parce que c'était un déviant homosexuel juif qui payait de jeunes Marocains pauvres pour du sexe".

Dans ses auditions au Maroc les 16, 18, 26 et 27 février 2008, Abdelkhader Belliraj regrette deux "erreurs de cible", le bibliothécaire Salem el-Behir de la mosquée du Cinquantenaire qui n'a été exécuté que parce qu'il était là : le grand imam Abdullajh el-Hasi était seul visé...

L'autre dégât collatéral, le 20 juin 1989, fut le chauffeur égyptien Samir Gahez Rasoul, de l'ambassade d'Arabie saoudite à Bruxelles. Les tueurs visaient un diplomate de ce pays arabe modéré sur lequel le Fatah-Conseil révolutionnaire d'Abou Nidal voulait faire pression, infléchir la politique et obtenir des subsides. Selon Belliraj, le chauffeur a été tué "dans la panique"; "il faisait sombre et (il) a été victime d'une confusion".

Pour "couvrir" la méprise, Samir Gahez Rasoul fut présenté comme "un agent" et l'attentat revendiqué à Beyrouth au nom d'une organisation, les Frères de la Péninsule arabique, qui... n'existait pas.

Belliraj affirme n'avoir personnellement pas exécuté le double meurtre de la mosquée du Cinquantenaire, mais avoue avoir fait les repérages et l'avoir supervisé.

Le Belgo-Marocain arrêté au Maroc a encore reconnu bien d'autres choses, comme ses 15 iours en Afghanistan fin août et début septembre 2001, immédiatement avant le 11. De 1972 à 1997, le groupe Abou Nidal a revendiqué au moins 137 attentats - la plupart antioccidentaux, antijuifs et anti-OLP modéré - dont celui du vol 841 de la TWA en 1974.

De son vrai nom Sabri al-Banna, Abou Nidal, qui avait 67 ans, a été trouvé mort à Bagdad le 19 août 2002, d'une balle dans la tête.

Belliraj, son homme à Bruxelles, est connu du parquet bruxellois dès 1986 (coups et blessures), 1987 (trafic d'armes, abus de confiance et faux passeport) et 1989 (cette affaire, qui fit du bruit, de détournement de subsides de la CSC au profit de l'Irak et de la Libye). En 1987, Belliraj est proche de l'ASBL al-Yaqida dénoncée pour ses liens avec Kadhafi. Belliraj est interrogé 4 fois après le double meurtre de la grande mosquée, sans suite. Et son nom revient le 18 novembre 1991 dans un rapport du GIA (Groupe belge antiterroriste). Depuis 2000, Belliraj est un informateur de la Sûreté de l'État.

Et voilà pourtant qu'en août 2001, Belliraj prend à Paris un vol pour Karachi où deux Saoudiens vont le conduire à Kaboul, Kandahar et Quetta où il sera mis en contact avec la coupole d'al-Qaida. Belliraj y explique son parcours jihadiste. Il se présente comme "prêt à tout".

Une semaine avant les attentats du 11 septembre, Belliraj rencontre des gens comme Hassan el-Haski qui deviendra le cerveau des attentats de Madrid en mars 2002, l'Égyptien Mohamed Atef alias Abou Hafs, chef militaire d'al-Qaida, puis est reçu à table par Ben Laden et Ayman al-Zawahiri. De la façon dont les Marocains l'interrogent, Belliraj ne ment plus. Il affirme, en audition, avoir reçu pour mission de chercher des personnes pour "confectionner des armes chimiques et biologiques".

Gilbert Dupont

Belliraj (portrait-robot) a été reçu à table par Ben Laden et Ayman al-Zawahiri. (epa/demoulin)

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