À chaque génération, son tennisman, mais, dans la légende du tennis, on retrouve notamment Björn Borg et Andre Agassi. Le Suédois, victorieux de onze Grands Chelems de 1974 à 1981, et l’Américain, qui en remporta huit de 1992 à 2003, ont été les porte-drapeaux de Donnay. Pour Michel Guilluy, réunir ces deux légendes du tennis au sein d’une seule et même marque belge, cela relève de l’extraordinaire.

“C’est une coïncidence incroyable qu’une marque de Couvin ait pu signer deux personnalités du tennis, qui figurent aujourd’hui au panthéon des légendes”, explique l’Arlonais. “L’avènement de Björn Borg correspond au développement du tennis et à sa démocratisation. Le Suédois a donné l’envie à un maximum d’enfants de pratiquer ce sport. Sa présence, ce sont évidemment les plus belles années de la marque Donnay. Il a posé son nom sur un grand nombre de raquettes, septante sont recensées dans la collection.”

Lorsqu’il a rejoint la marque, Björn Borg n’était pas encore une légende. Le flair des responsables belges a fait le reste: “C’est Guy Pignolet, directeur général chez Donnay, qui l’a remarqué. Le Suédois avait déjà remporté deux Grands Chelems avant de rejoindre Donnay. À cette époque, il jouait avec une raquette Slazenger. Mais sur les conseils de Rod Laver, Borg va signer un premier contrat avec la marque belge en 1975. D’autres joueurs suédois l’avaient précédé, comme Lundqvist et Bengtson dans les années 60 et 70. Compte tenu de ses résultats, Borg a resigné en 1979 et touchait plus de 600.000 dollars par an, ce qui était colossal pour l’époque. En comparaison, un joueur comme Jimmy Connors ne touchait rien pour jouer avec sa raquette en métal Wilson T2000.”

Près d’un million d’exemplaires, en deux modèles (grip court puis allongé), ont été vendus entre 1975 et 1985 de la Donnay appelée Borg Pro

Pour garder le nom Donnay au sommet de la hiérarchie après la retraite du Suédois, il fallait trouver un remplaçant à Borg. Le choix de la marque couvinoise va se porter sur un jeune joueur atypique qui tranchait avec son prédécesseur. C’est Bernard Tapie, qui, en 1988, vient de reprendre la marque après une faillite, qui sera à l’origine de la venue d’Agassi.

“On peut parler d’une décision incroyable que de prendre le risque de faire signer ce jeune joueur de 18 ans et de lui offrir une rémunération mirobolante”, avoue Michel Guilluy. La vedette montante du tennis, coqueluche des Anglo-Saxons et des Japonais, va toucher la bagatelle de six millions de dollars avec un contrat de cinq ans : “Mais ce risque va s’avérer décisif. En effet, Andre Agassi a réussi à faire passer l’image de Donnay des raquettes en bois à celles en graphite.”

Le brillant parcours du Kid de Las Vegas a contribué à la légende de Donnay durant plusieurs années, mais n’a pu empêcher la fin de la marque.

En 1992, Donnay ne fabriquait plus que 500 raquettes, destinées essentiellement aux joueurs qu’elle continuait à sponsoriser (Agassi et Lecomte) : obligé de trouver de l’argent frais pour racheter Adidas, Bernard Tapie avait déjà cédé ses parts. La marque est désormais la propriété britannique...

À Couvin, on était fier de travailler pour Borg et Agassi. Cortex