CRIME ET CHÂTIMENT

Comment une bande a terrorisé le Hainaut pendant des années

CHARLEROI Le 10 janvier 1862, ils sont des centaines, massés devant le palais de justice de Mons, pour l’ultime audience de la Bande noire, qui a écumé pendant des années les provinces de Hainaut et de Brabant.

L’année d’avant , c’est le bourgmestre de Gilly, le chirurgien Ferdinand Hanoteau, qui en a été victime, sa servante a été visée à l’arme à feu, sa belle-fille blessée au visage. En avril 1861, ils cassent le bras d’une habitante de Montigny-le-Tilleul, pour se faire remettre le peu qu’elle possédait. Elle en mourra. C’est là que le hasard va jouer. Une jeune veuve de 26 ans qui vit à Philippeville, raconte qu’elle a renoncé à se remarier parce que son soupirant lui a paru se livrer à des activités criminelles : elle a trouvé chez lui des pistolets chargés et armés. L’homme, Léopold Rabet, fournit de vagues explications avant d’évoquer un vol à main armée, puis de passer aux aveux complets.

Il dénonce des complices, détaille l’imposant catalogue de leurs méfaits, leurs manières d’agir. On en arrive à douze arrestations. Le chef est identifié : c’est un colporteur de Sombreffe, un certain Jean-Baptiste Boucher. Il a connu en prison son principal comparse, Auguste Leclercq, un marchand de volailles de Wanfercée-Baulet. Ils ont recruté des proches, jusqu’à constituer cette fameuse bande noire, ainsi surnommée parce qu’ils se passaient le visage au cirage avant d’agir.

C’est le procureur général en personne qui monte le dossier. L’acte d’accusation compte 150 pages. Le procès sera l’objet d’un rebondissement, quand Rabet s’accusera d’avoir pris part au crime de Couillet, qui avait valu à Coecke et Goethals d’être les guillotinés flamands de Charleroi. Erreur judiciaire ? Non, dira-t-on : ces deux-là étaient les vrais auteurs, mais à l’instigation de Boucher.

Le jury, au terme de 876 questions, prononce neuf condamnations à mort. Le 29 mars 1862, une voiture escalade la rue de la Montagne, jusqu’au palais de justice où la guillotine a été dressée. Vingt mille curieux ont réservé portes et fenêtres pour profiter du spectacle. Boucher sera le premier exécuté, avant Leclercq qui va se tourner vers la foule et lui crier “Au revoir, mes amis !”

P. MK.