Ce jour-là, une tornade balayait le village de Léglise

LÉGLISE 20 septembre 1982, voici 20 ans, tout juste. L'après-midi ensoleillé joue les prolongations à la frontière franco-belge, entre Sedan et Florenville. Puis, côté français, la tourmente prend forme. Le tourbillon danse dans le ciel français, du côté de Sachy et de Messempré. La tornade commence, passe la frontière, flirte avec le village de Lambermont, puis Chassepierre.

Les éléments évitent la localité, ses jolies maisons gaumaises, son église classée. En revanche, vers 18 h 20, elle traîne, à un jet de pierre, juste au-dessus des Cabrettes, le camping. Elle s'y acharne, dévastant tout, absolument tout. `C'était comme un avion, un quadrimoteur de la guerre. C'était la fin du monde´, commentait, à l'époque, un villageois. La tornade poursuit sa course folle, près de Chiny, près de Les Fossés. Les forêts tombent. La nuit aussi. Une obscurité profonde descend sur Mellier et Léglise, présageant quelque chose d'autre, bien plus terrible.

Dans cette maison de Léglise, à 18 h 40, tout le monde se couche au sol sous un vacarme démentiel. Le tourbillon d'air aspire littéralement le village. Là aussi, on pense à la guerre. `La porte de la maison s'est ouverte. De toutes mes forces, de tout mon poids je tentais de la maintenir. Impossible. J'ai vu une voiture dans un sens, puis de suite après, en sens inverse. Le vent en avait modifié la trajectoire. Je ne comprenais pas, se rappelle Patricia, vingt ans à l'époque. J'ai de suite téléphoné à ma maman, de l'autre coté du village, pour voir si tout allait bien.´ Quelques minutes plus tard, tout le monde sort de chez soi, de sa torpeur. S'écarquille les yeux. Léglise est tombée. Mais, mi racle, tout le monde est debout, sain et sauf. Pas un mort. On ne déplore que quelques blessés légers. Rien de grave. Les dégâts, par contre

Les deux tiers de Léglise sont dévastés. 12 maisons sont rayées de la carte. Sur la butte dominant la localité ardennaise, l'église est décapitée. Et l'horloge du clocher a cessé de battre. Les aiguilles n'ont plus bougé depuis 18 h 39. De suite, les premiers secours s'organisent dans une nuit qui ressemble à l'apocalypse. Antoine Dumont, bourgmestre faisant fonction à l'époque, prend les affaires en main. `A 20 heures, dit-il aujourd'hui, on pouvait reloger tout le village. Toutefois, la plupart des villageois ont préféré rester dans leurs ruines´, d'autant que la tornade avait malgré tout épargné pas mal de rez-de-chaussée. Et puis, cette première nuit, autant dire que peu de villageois, peu de secouristes ont fermé l'oeil, préférant, dans l'urgence, se mêler au grand ballet visant à préserver ce qui pouvait l'être.

Rentré d'urgence au pays, le lendemain, le bourgmestre Albert Pierrard subit les injonctions des gendarmes pointilleux qui ne le connaissent pas: `on ne passe pas!´ Le mayeur doit montrer patte blanche et un rien forcer le barrage pour retrouver ses administrés en pleine détresse

© La Dernière Heure 2002