L'Irlandais se souvient de ses deux succès à Sanremo, en 1986 et 1992

SANREMO Sean Kelly a remporté deux fois Milan-Sanremo. En 1986, alors n°1 mondial et six jours après avoir enlevé le 5e de ses 7 Paris-Nice, l'Irlandais faisait figure d'épouvantail. «Tout le monde me marquait, se souvient-il. Vanderaerden n'a pas quitté ma roue de la finale. Au pied du Poggio, Beccia et Lemond ont attaqué. J'ai essayé plusieurs fois de revenir, en vain. Alors, à la mi-côte, j'ai simulé un problème de dérailleur. Je suis resté volontairement deux secondes en roue libre en faisant craquer mes vitesses et en jurant. Quatre, cinq coureurs m'ont passé. Je leur ai placé une bombe en attaquant de derrière. Avant le sommet, je suis revenu sur LeMond et Beccia et on a filé vers l'arrivée.»

Restait pour Kelly à devancer ses deux compagnons de fugue. «Beccia était satisfait de finir 3e mais LeMond pensait avoir sa chance au sprint (NdlR: lors du Mondial 90 de Chambéry, l'Américain battra l'Irlandais dans des conditions semblables), alors, il n'a plus mené. Mais quand Beccia a lancé le sprint aux 300m, j'ai bondi et j'ai gagné facilement.»

Six ans plus tard, les données étaient différentes. Le grand favori s'appelait Moreno Argentin.

«A Tirreno, il avait dominé tant et plus. Moi, je marchais mais j'avais 36 ans. Dans le Poggio, Argentin a attaqué trois ou quatre fois et il est parti. Au sommet, il avait 12 ou 15 secondes d'avantage. Moi, j'étais passé 5e ou 6e mais au premier virage, je suis revenu en 3 e position. Puis, j'ai essayé de faire la descente mais Rolf Sorensen, équipier d'Argentin, m'a coincé contre le mur. On s'est touché mais je suis passé. Il a hésité à aller me chercher mais il a dû se dire que tout seul, je ne reviendrais jamais sur Argentin. Après deux ou trois virages, j'ai vu l'Italien un bref instant. Il avait l'air de ne pas avancer. Je me suis demandé ce qu'il faisait. Et j'ai pensé que je pouvais aller le rechercher. J'ai alors pris tous les risques. Dans les virages, mes boyaux faisaient du bruit comme les pneus d'une voiture. Ce fut ma plus folle descente. Je me disais, si tu te loupes, tu files dans les serres mais j'étais obligé d'y aller.» A l'époque, la course se terminait au Corso Cavalotti à l'entrée de Sanremo, près de 2.000m plus tôt que sur la Via Roma. «Je suis rentré au bas de la descente, sous la flamme rouge. Quand il m'a vu revenir, j'ai vu dans son regard qu'il était battu. Il m'a demandé de rouler mais si je l'avais fait, il ne serait plus passé. J'ai fait non deux fois de la tête en montrant que j'avais fait un effort incroyable. Puis, je me suis décalé pour qu'il puisse voir derrière nous les autres revenir. Alors il a recommencé à rouler. C'était gagné!»

© Les Sports 2005