Rencontre avec l'ancien médian zambien d'Anderlecht, aujourd'hui entraîneur des jeunes à La Gantoise

GAND Il n'a pas changé. Le dos légèrement voûté et les chaussettes baissées sur les chevilles, son geste reste élégant, on a l'impression qu'il effleure un ballon en mousse quand il calibre sa passe, toujours aussi précise. Au centre d'entraînement de La Gantoise, à deux pas de l'autoroute, Charly Musonda participe aux exercices avec l'équipe première, sous la férule d'Herman Vermeulen, dont il est désormais l'adjoint. «Sa technique est intacte, sourit Frédéric Herpoel. Intrinsèquement, il est meilleur que tous mes équipiers. Il ne rate jamais un contrôle»

De Zambie au Cercle

Flash-back. 4 juillet 1986. Musonda aura bientôt 17 ans. Il joue pieds nus sur les terrains de Zambie et est régulièrement appelé en sélection régionale. Aujourd'hui, il retrouve un ami, Bwalya Kalusha, transféré au Cercle de Bruges quelques mois plus tôt et qui vient disputer une rencontre amicale avec sa nouvelle équipe. Les scouts brugeois, qui ont toujours eu le nez fin, repèrent Musonda, qui prend le premier avion pour la Belgique. «Je connaissais Bruxelles, c'est tout. Je suis arrivé à l'aéroport, on m'a conduit à Bruges. L'entraîneur, Georges Leekens, m'a dit que je commençais l'après-midi même. J'étais en stage pour trois mois, mais après deux jours, j'avais convaincu tout le mon- de. J'ai joué un an à Bruges. Pour moi, c'était du fun, je ne me rendais même pas compte que c'était devenu mon métier! Tout était facile.»

Un an plus tard, Leekens débarque à Anderlecht et prend Musonda dans ses bagages «Je n'oublierai jamais mon premier entraînement: un petit match à 4 contre 4. J'étais tout frêle, timide et dans l'équipe adverse, il y avait Andersen, Gudjohnsen, Keshi et Degroote! J'ai cru qu'ils allaient me massacrer. Je suis rentré chez moi et je me suis endormi comme une masse en me disant: Qu'est-ce que je suis venu faire ici? »

«Leekens, mon taxi...»

Mais le petit médian s'adapte vite et séduit ses équipiers, sa direction et le public. Charly devient vite le chouchou des Bruxellois. «C'était une période de rêve. Leekens était très exigeant mais j'étais attaché à lui. Je vivais encore à Bruges et il me servait de taxi tous les jours: je venais avec lui à Bruxelles. Un jour, je l'ai attendu toute la journée, il n'est jamais venu. Le soir, j'ai appris qu'il avait été viré. Je croyais que moi aussi, j'étais viré!»

Musonda vient alors habiter à deux pas du Parc Astrid: «Je vivais avec Luis Oliveira chez un couple âgé à la discipline très stricte. Je suis allé chez Mister Michel parce que je ne supportais plus ce régime: il m'a changé de famille»

Quand Goethals remplace Leekens, il ne croit pas en Musonda, renvoyé en réserves: «J'ai dû lui prouver ma valeur, cela a pris quelques mois. Mais une fois de retour dans l'équipe, j'ai connu mes plus belles années. C'était fantastique: le championnat, la Cou- pe d'Europe, l'équipe nationale, j'étais l'homme le plus heureux de la terre. Mon meilleur souvenir? La qualification à Barcelone, en Coupe des Coupes, aux prolongations, avec mon assist pour Vanderlinden. J'ai toujours été marqué par deux équipiers: Jankovic, qui n'est pas resté longtemps et qui avait quelques kilos de trop, mais c'était la classe absolue, et Marc Degryse, de loin le plus intelligent de tous.»

À cette époque, Charles Musonda est le métronome du Sporting, promis à un bel avenir. «J'ai reçu une proposition concrète de la Juventus, mais je me sentais trop jeune pour aller dans un tel club. Mon physique ne correspond peut-être pas beaucoup à ce qu'on connaît dans le Calcio, mais je crois que les Italiens appréciaient en fait mon sens tactique: je coupais les angles et je couvrais mes équipiers, tout en jouant le plus simplement possible. C'était ma science.»

Sept opérations!

Mais au lieu de connaître la gloire, Musonda va visiter toutes les pièces de l'enfer: «Un jour, à l'entraînement, lors de l'époque d'Aad de Mos, j'ai ressenti une douleur au genou droit. Je me suis blessé bêtement, comme on dit, tout seul. Au début, je me suis dit que ce n'était pas grave. J'ai essayé d'apprivoiser la douleur pendant quelques mois. Grossiè- re erreur. J'ai attendu trop longtemps, j'ai forcé, et ce fut la catastrophe: au total, j'ai été opéré à sept reprises au même genou entre 1991 et 1996»

Avec toujours le même refrain: blessure, opération, rééducation, retour, rechute. «En 1993, j'étais sur mon lit d'hôpital à Anvers quand j'ai appris que tous mes amis de l'équipe nationale avaient péri dans un accident d'avion (NdlR: 18 morts dans le crash de l'avion qui emmenait l'équipe zambienne vers le Sénégal). Sans cette opération, je devais être avec eux. Finalement, mon genou m'a coûté ma carrière mais m'a sauvé la vie.»

En 1994, on le croit perdu pour le foot et il rejoint Stefen Keshi à Sacramento: «Une belle expérience. Le niveau n'était pas terrible mais la vie en Californie, splendide! Keshi est encore là-bas, on s'appelle de temps en temps.»

L'aide de Boskamp

Deux ans plus tard, Musonda tente un come- back et rejoue huit matchs à Anderlecht, avant de jeter l'éponge définitivement: «Ensuite, je n'ai rien fait pendant deux ans. Puis, je suis venu saluer Boskamp et Degryse à Gand, par hasard. Boskamp m'a proposé d'entraîner les jeunes, je ne me pensais pas capable de faire cela et je n'ai plus quitté le club, où je suis aujourd'hui employé depuis cinq ans. Je donne des entraînements individuels, je fais du scouting et je donne un coup de main pour l'équipe A. Je m'amuse. Je ne parle qu'anglais, mais la langue du football est universelle.» Et le sourire de Charly, toujours aussi ravageur: «Je n'ai pas de plan de carrière. Comme tous les Africains, je vis au jour le jour! Entraîneur principal? Non merci. Too much pressure. J'aime le contact avec les jeunes, j'habite Bruxelles, je vais devenir belge, mes trois enfants jouent à Anderlecht et semblent avoir du talent.»

Pas de doute, Musonda est toujours un chic type.

© Les Sports 2004