Il avait fait les belles heures du Palace Liège

LIÈGE Emile Sullon: un nom pour tous les Liégeois qui ont connu les belles années des cinémas de jadis, dont le Palace avec ses attractions, ses speakerines, ses docus, ses actualités et, enfin son film ! Emile Sullon, c'était le showman par excellence, l'homme orchestre (il eut, d'ailleurs, sa grande formation !), l'homme qui réunissait les artistes autour de lui pour les pousser au maximum de leurs possibilités.

Emile Sullon a décidé de tirer le rideau, chez lui, seul, au coeur de ce Liège qu'il aimait tant: il est décédé dans son appartement, à l'âge de 80 ans. Il en avait toujours 20 de coeur et il avait déjà terminé d'écrire un roman en wallon, sa biographie et, croit-on, un livre sur Simenon. `Je l'avais connu en 1944´, souvient Roger Darton qui, pendant 17 ans, travailla avec lui. `Il était clarinettiste dans un orchestre, au café Britannique. A l'Eden, il présentait ses spectacles avec Jacky Myriam, qui deviendra sa femme´

Une femme qui sera la sienne pendant un demi-siècle, et qui disparaîtra de leur vie commune, voici à peine deux ans. Ils avaient tout fait ensemble: fonder un orchestre comme il n'en existe plus actuellement, jouer dans la fameuse série de La famille Coucou, avec le frère d'Emile, Paul, Jacky et Darton. Une revue qui allait tenir plus de vingt ans, de l'Eden au Troca.

En 1958, pour l'Exposition, Sullon créa aussi la célébrissime chanson Les filles de mon village. Il devait travailler aux Anciennes Belgique de Bruxelles, Gand et Anvers des années durant, accompagnant les plus célèbres vedettes du moment: Mariano, Montand, Moreno, Alibert, et même Paul Anka et Josephine Baker! `Avec lui, je n'avais vécu que de bonnes choses´, se souvient encore Roger Darton. `Son nom mériterait d'être retenu dans un dictionnaire des personnalités liégeoises.´

Sullon avait écrit, en 1997, une biographie en wallon intitulée D'ji v'va dîre li meune. L'an dernier, il avait publié aussi Li Prayonnaise, hommage à sa femme disparue originaire de Prayon. Avec lui disparaît toute une page de l'histoire du music-hall liégeois.

© La Dernière Heure 2002