L'architecte septuagénaire a notamment dessiné

les plans de l'hôpital civil et du Palais de Justice

CHARLEROI Le visage rondouillard, le verbe franchouillard, Jacques Depelsenaire est un épicurien robuste. À plusieurs reprises durant sa longue carrière, il a plié; mais n'a jamais rompu. Son tempérament de battant et ses idées révolutionnaires lui ont valu la confiance de clients fidèles et ses oeuvres ont été maintes fois saluées par des jurys d'experts.

Digne fils de l'architecte Marcel Depelsenaire, Jacques a embrassé la carrière un peu par hasard. On a beau se vouloir indépendant de sa famille, on s'aperçoit au fil de la vie que finalement, on est très proche d'elle. Né en 1923, Jacques Depelsenaire a suivi des humanités classiques. Discipliné, le jeune élève de l'Athénée de Charleroi a très tôt manié avec dextérité ce crayon qui le démangeait.

Et c'est d'abord par la caricature qu'il s'est illustré. Ses amis ont d'ailleurs encore en mémoire les meilleurs profils de leurs professeurs J'ai terminé mes secondaires en 1940; une drôle d'année pour décider de son avenir! Après un court exode en France, il se dirige vers des études d'architecture. Et c'est à l'université de Liège qu'il s'inscrit. La guerre était assez calme ici mais il n'était pas question de prendre ses études à la légère. J'ai été diplômé en 1944 et ai ensuite entamé l'urbanisme. Après deux années de spécialisation, il était temps de se mettre en quête d'un boulot. Ce sont finalement les prix remportés lors de deux concours qui lui ouvrirent les portes de la profession. À l'époque, au lendemain de cette deuxième guerre mondiale, tout avait changé et les commandes arrivaient à profusion. Avec naïveté et inconscience, je les ai acceptées.

Ces plans, étaient ceux de l'hôpital hivil de Charleroi, l'Institut du Verre, le Palais de Justice sans oublier quelques villas de copains. De ces monuments, l'auteur n'en tire pas énormément de satisfaction. C'est comme pour un plat cuisiné. On ne le trouve généralement pas trop réussi quand on le fait soi-même

Pour séduire la clientèle et devancer ses confrères, l'architecte bâtisseur imaginera des concepts révolutionnaires et notamment celui du préfabriqué. Une technique qui fera ses preuves en France mais aussi en Argentine. Dans les années 60, il imagine les villages et plages de Bredene, l'aménagement balnéaire de Nieuport, l'avant-port de Calais, des villages de vacances en Italie, des logements et infrastructures Horeca à Dunkerque avant une période de crise. Ce qui m'a aidé, c'est l'amour de la vie. Cette façon de voir lui a permis de reprendre du poil de la bête et d'être sacré, en 1991, architecte de l'année.

Et puis, comme par enchantement, le vent a recommencé à souffler et les prix à se succéder. Pourtant, je crois chaque jour signer la fin de mon parcours