Ils vont être réintroduits en Mongolie

GENÈVE C'est un jury international, comprenant le professeur Yves Coppens, qui a désigné les lauréats des prix Rolex. Décernés tous les deux ans par la société horlogère suisse, ces prix de 100.000 dollars chacun aident des personnes remarquables à réaliser un projet assez innovant. C'est ainsi que Claudia Feh, l'une des lauréates, pourra ainsi soutenir la réintroduction du cheval przewalski en Mongolie. Cette Suissesse élève, sur un haut plateau isolé de 400 ha dans le sud de la France, un troupeau naturel de przewalskis. Ceux-ci sont différents de tous les autres chevaux du monde: ils ont une paire de chromosomes supplémentaire, ce qui en fait des chevaux sauvages.

Flash-back. L'année 1860, un colonel polonais, Przewalski, parti en mission en Mongolie, a trouvé là-bas, sans le savoir, le dernier troupeau de chevaux sauvages du monde. Il a ramené ces 11 chevaux en Europe et les a vendus à divers zoos: à partir de ce moment-là, les chevaux n'existaient plus qu'en captivité. Au fur et à mesure, l'espèce s'est retrouvée en fait menacée. Dans les années 80-90, il n'existait plus que mille przewalskis, tous dans des zoos.

Claudia Feh, cette éthologue qui travaille depuis 25 ans sur le comportement des chevaux, notamment ceux de Camargue, a reçu de divers zoos, à titre expérimental, 21 przewalskis, auxquels elle a permis de vivre ensemble librement et de s'accoupler naturellement. C'est que l'éthologue avait remarqué que, dans les troupeaux élevés en captivité, des réactions d'agressivité étaient apparues à fleur de robe, au point que les étalons adultes peuvent se battre à mort et même tuer des poulains.

Dans la réserve française de Claudia, les 55 sujets présents se sont répartis, selon la structure sociale classique des chevaux en liberté, en cinq groupes familiaux et deux groupes d'étalons. En septembre dernier, Claudia Feh a réintroduit les premiers spécimens dans la région isolée de Khomiin Tal, délimitée par le lac, la rivière, les hautes dunes de sable Cette zone qui touche le parc national de Khar Us Nuur a été clôturée. Les familles mongoles aspirent à voir à nouveau le cheval gambader dans leurs steppes.

© La Dernière Heure 2004