René Alphonse Van den Berghe coule des jours paisibles en Espagne

MALAGA «Il est le voleur d'oeuvres d'art le plus célèbre de ce siècle. Il fut la terreur des églises et des musées espagnols. Aujourd'hui, René Alphonse Van den Berghe, plus connu sous le surnom d' Erik le Belge, vit une retraite tranquille.»

Voici quelques années, un supplément du quotidien El Pais, le journal de référence en Espagne, consacrait une édition spéciale à celui qui a été et reste une véritable légende dans ce pays et ailleurs dans le monde. Pour la première fois, il acceptait de se confier, d'ouvrir son coeur et sa mémoire, alors qu'il avait jusqu'alors toujours gardé le silence.

Erik el Belga, né voici 65 ans à Nivelles, affiche un parcours absolument extraordinaire. Homme discret, attachant, respirant la bonne humeur et la convivialité, marié sept fois «je n'ai jamais pu dormir seul», il coule aujourd'hui des jours paisibles à Malaga. Paisibles, mais pas inactifs. René Alphonse Van den Berghe reste un interlocuteur de référence, un véritable expert dans le monde des arts, singulièrement lorsqu'il s'agit d'oeuvres volées, maquillées, copiées, falsifiées. Un éditeur lui a récemment proposé une fortune pour publier ses Mémoires, un autre pour réaliser un film sur sa vie. Il a refusé. Nous l'avons rencontré, l'autre soir, dans un appartement de Malaga transformé en bureau et en atelier de peinture.

«Le nombre de pièces que j'ai volées? Je n'en sais plus rien!», rigole-t-il d'emblée, tout en allumant une cigarette blonde. Ce qui est sûr, c'est qu'il a négocié ses coups pour des montants colossaux. Sa plus grosse transaction lui a rapporté, à l'époque, 40 millions de francs. «Et tous les paiements s'effectuaient en cash.»

Mercenaire de la beauté

En 1976, il a écopé de dix ans de prison, en Belgique, pour recel avec récidive. Il s'est évadé de la prison de Verviers. Plus tard, ce sera de l'hôpital pénitentiaire de Madrid. Mais «j'ai oublié tout ça, c'est du passé». En sachant que si Erik le Belge a été frappé de plusieurs condamnations, elles n'ont jamais concerné le vol d'oeuvres d'art. Sur ce point, il a fait 37 mois de préventive en Espagne, avant d'être acquitté. Il a depuis épousé son avocate.

«Aucun de mes clients n'a jamais été inquiété», insiste-t-il. «J'ai dû en avoir environ 150 durant ma carrière, qui a commencé lorsque je devais avoir 25 ans. Pourquoi? Parce que j'ai considéré que quand tu pouvais te servir, il fallait le faire.»

René travaillera en équipe, «avec des gars qui venaient me rejoindre en avion, puis repartaient». Il a écumé l'Espagne, en particulier ses églises. Mais pas seulement: plusieurs pays européens ont décerné des mandats d'arrêt à son encontre, «mais il y a prescription». Le risque, il adorait. «On travaillait la nuit, avec des gants blancs. Je n'ai jamais usé de violence durant les casses. Une oeuvre d'art volée avec violence est une oeuvre d'art qui a perdu tout pouvoir de contemplation pour le client.»

Des clients, évidemment richissimes, qui demandaient des pièces précises, et avec qui il entretenait «d'excellentes relations». Erik el Belga n'a jamais travaillé au hasard. Et il ne cite à aucun moment le moindre nom. «Le code du silence, c'est cela aussi qui impose le respect.»

A présent, il peint. Des compositions originales il adore les scènes de tauromachie, les représentations de la Vierge, les fleurs , mais aussi des copies. Ou plutôt «des interprétations, et toujours pour m'amuser». Car aux copies, «on ne peut pas donner d'âme».

Nombre de ses tableaux se trouvent exposés dans des musées, alors qu'une fondation espagnole porte son nom. Le monde à l'envers! Il a également aidé à faire rapatrier, en Espagne, des tableaux et des statues religieuses volés naguère. «Je ne regrette rien», insiste-t-il, énergique. Des contacts avec le milieu? «On fait encore appel à moi mais uniquement pour des expertises.» Et comment voudrait-il que l'on se souvienne de lui? «Comme du mercenaire de la beauté», de quelqu'un «qui n'a jamais fait de mal à personne».

© La Dernière Heure 2005